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	<title>Afkar / Ideas</title>
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	<description>Revista trimestral para el díalogo entre el Magreb, España y Europa</description>
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		<title>Réflexions européennes sur le Printemps arabe: Bernardino León</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 17:13:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le représentant spécial de l&#8217;UE pour le sud de la Méditerranée n&#8217;est pas pessimiste : malgré les retards, l&#8217;Égypte, la Tunisie et le Maroc évoluent correctement. L&#8217;Algérie ? La Libye ? Il faut attendre. Bernardino León, diplomate espagnol, ancien secrétaire d’État et secrétaire général de la présidence et sherpa du G-20, est depuis quatre mois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le représentant spécial de l&#8217;UE pour le sud de la Méditerranée n&#8217;est pas pessimiste : malgré les retards, l&#8217;Égypte, la Tunisie et le Maroc évoluent correctement. L&#8217;Algérie ? La Libye ? Il faut attendre.</strong></p>
<p>Bernardino León, diplomate espagnol, ancien secrétaire d’État et secrétaire général de la présidence et sherpa du G-20, est depuis quatre mois le représentant spécial de l&#8217;Union européenne pour le sud de la Méditerranée, un nouveau poste vec lequel l&#8217;UE cherche à renforcer sa présence dans les transformations de la région.</p>
<p>afkar/idees : Comment définiriez-vous le mandat du représentant spécial de l&#8217;UE pour le sud de la Méditerranée ?</p>
<p>bernardino león : Il s’agit d’un mandat à la fois vaste d&#8217;un point de vue géographique et précis dans son contenu. Son objectif, spécifiquement signalé, est le renforcement du dialogue et de l&#8217;efficacité de l&#8217;UE dans les pays du sud de la Méditerranée – à savoir l&#8217;Afrique du Nord, le Proche-Orient et le golfe Arabique. Je pense que l&#8217;Union doit avoir à sa disposition un instrument lui permettant de travailler uniquement dans les pays en phase de transition et d’instaurer ainsi une nouvelle relation, différente. Il s’agit d’aller au-delà de l’approche régionale que nous avons eue pendant des années, consistant à aborder tous les pays de la même manière. Ce qui importe à ce jour, c&#8217;est de différencier ceux qui sont réellement en phase de transition de ceux qui ne le sont pas, mais aussi de faire une distinction entre ceux qui le sont. D&#8217;une certaine façon, l’objectif est de faire du principe more for more une réalité. C’est ainsi que l&#8217;UE l&#8217;interprète aujourd’hui. Tout le monde ne le voit cependant pas ainsi, puisque l&#8217;on m&#8217;a maintes fois demandé de m&#8217;occuper de la Syrie. Il me semble néanmoins important de ne pas confondre, et d’éviter les signes qui pourraient être mal interprétés. Toute visite en Syrie du responsable des transitions pourrait s&#8217;interpréter comme un message d&#8217;ambigüité et confondre le gouvernement syrien.</p>
<p>a/i : Ce nouveau poste n’est-il pas lourd à porter ?</p>
<p>b.l. : Herman van Rompuy a déclaré que les deux grands défis à relever par l&#8217;UE, en cette période historique sont la crise de la dette et les transitions arabes. En ce sens, c&#8217;est évidemment un honneur de se voir confier une telle responsabilité, de contribuer à définir les stratégies et la politique de l&#8217;UE dans cette région. Mais je ne l’affronte pas comme un embarras, mais avec réalisme et illusion.</p>
<p>a/i : Sous la pression du Printemps arabe, le roi du Maroc a encouragé une réforme de la Constitution. Que pensez-vous de ces mouvements réformistes ?</p>
<p>b.l. : Mohammed VI et les autorités marocaines ont précisé qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;un premier pas, d’une première réforme, et je pense que c&#8217;est raisonnable. Je ne partage en aucun cas les analyses qui disent que c&#8217;est trop peu. J&#8217;estime que c&#8217;est une réforme importante, et le fait que ce soit le roi qui l&#8217;ait encouragée est digne d’être souligné. Je ne pense pas, comme vous le formulez dans la question, qu’elle ait été réalisée sous la pression du Printemps arabe : c&#8217;est effectivement un élément à prendre en compte, mais depuis son accession, le monarque a toujours été réformateur. Les Commissions de la vérité qui enquêtent sur les abus perpétrés contre les droits de l&#8217;Homme pendant le régime de son père, qui ont donné lieu à des indemnisations et des demandes d&#8217;excuses, en sont un bon exemple. Le roi a également fait des efforts dans la lutte contre la pauvreté : à travers ses initiatives, ses politiques vis-à-vis du Nord – une région que son père avait abandonnée. Il existe donc une trajectoire de réformisme, certes favorisée par les révolutions dans le monde arabe. Je pense que les réformes sont importantes et suivent la volonté de donner aux partis politiques marocains un plus grand rôle, de mettre un terme à la dichotomie entre Conseil royal et gouvernement et à la nomination du premier ministre par le roi, de créer un Tribunal constitutionnel mettant fin au fait que le roi soit le plus haut interprète de la Constitution&#8230; Il s’agit là d’un aspect également important pour la Jordanie. À une époque où la Constitution est au centre de la vie politique, le fait que le roi en soit le plus haut interprète n&#8217;est certainement pas la meilleure formule.<br />
a/i : Quel rôle d’accompagnement pourrait jouer l’Espagne dans ce processus de transition ? Collabore-t-elle effectivement avec les autorités marocaines ?</p>
<p>b.l. : L&#8217;Espagne peut faire beaucoup pour accompagner ce processus. Nous avons, que ce soit en vertu de notre relation bilatérale ou du besoin de recherche de références utiles, la possibilité d&#8217;être présents. De fait, nous le sommes puisqu&#8217;il existe un échange et un dialogue permanents entre le Maroc et l&#8217;Espagne, entre les autorités et les deux monarques. Et je crois que c&#8217;est important que cela continue. Lorsque nous désapprouvons un mouvement donné, il faut le dire, mais surtout être constructifs. L&#8217;Espagne et la France sont les deux pays – le Maroc ne l&#8217;a jamais dissimulé – qui peuvent et doivent avoir une plus grande présence, un plus grand rôle d’accompagnement de la réforme.</p>
<p>a/i : Êtes-vous en contact avec le mouvement du 20 février en Europe ?</p>
<p>b.l. : Pas encore, mais c’est prévu.</p>
<p>a/i : L&#8217;Algérie est un pays déterminant pour l&#8217;Espagne. Comment voyez-vous l&#8217;avenir immédiat ?</p>
<p>b.l. : Bien que timides, l’Algérie a donné des pas en avant et elle a annoncé de réformes importantes pour les prochains mois. Il est toujours tôt pour faire une évalutation.</p>
<p>a/i : Au commencement des protestations en Libye, l&#8217;UE et la communauté internationale ont déclaré que Mouammar Kadhafi n’appartenait pas à l&#8217;avenir de la Libye. Pensez-vous que Bachar al Assad fasse partie de l&#8217;avenir de la Syrie ?</p>
<p>b.l. : Dans un premier temps, nous pensions que oui, et nous avons tenté qu&#8217;il en soit ainsi. Le régime syrien, comme toujours dans ce type de dictatures, est complexe, et le président Assad, dans un premier temps, s&#8217;est déclaré disposé à mettre des réformes en œuvre. Or je pense que ses mots ont dépassé ses actions, mais une évolution est toujours préférable à une révolution. La communauté internationale a voulu favoriser cette voie et laisser le régime ouvrir la porte de la transition, sachant que la Syrie est un pays complexe, et pas seulement dans l&#8217;entourage présidentiel. Autour du président, certains appartiennent à une ligne plus dure, tandis que d&#8217;autres – malheureusement moins nombreux – ont une vision plus ouverte et plus modérée, mais c&#8217;est une société où les tensions se croisent. Il y a des tensions ethniques entre la majorité sunnite, qui représente 55 % de la population, et les différentes minorités chiites, alaouites, chrétiennes, juives, kurdes, qui ont peur de ce que pourrait faire une partie de cette majorité sunnite si elle s’était radicalisée, et peuvent également avoir un certain sentiment de protection dans la mesure où ils sont gouvernés par des représentants d&#8217;une autre minorité. Ces tensions existent entre les partisans de la transition vers la démocratie et ceux qui préfèrent un régime davantage tourné vers la religion. En définitive, une situation très complexe, et un voisinage très complexe : Israël se trouve dans une situation difficile, avec la crise de l&#8217;État palestinien au sein de l&#8217;ONU ; l&#8217;Iran est déconcerté par les événements et s’inquiète de la situation interne en Syrie&#8230; Des raisons suffisantes pour que la communauté internationale réagisse avec prudence, voire avec patience. Mais aujourd&#8217;hui, cette patience est à bout.</p>
<p>a/i : Vraiment ?</p>
<p>b.l. : Oui. À ce jour, je pense que personne en Occident, ni dans le monde arabe, ne croit qu&#8217;Assad puisse guider son pays vers cette démocratie. Aussi les Nations unies continuent-elles de travailler, à la recherche d’un consensus de plus en plus large. Nous voyons même des pays comme la Chine ou la Russie s’y rallier. Nous avons vu des réactions très dures, par exemple celles du roi Abdallah d&#8217;Arabie saoudite, ou du secrétaire général de la Ligue arabe ; nous avons vu les pays du Golfe rappeler leurs ambassadeurs&#8230; Un consensus qui s’élargit en outre sur une base très solide, puisqu’il vient de la région elle-même – ce qui est un aspect essentiel. Et nous ne sommes pas encore parvenus à la résolution, mais nous le ferons, et il y aura un consensus. Nous savons que certains pays ne souhaitent pas reproduire l’expérience libyenne, c&#8217;est évident, et nous devons en être conscients, mais je pense qu&#8217;il y a encore de la marge pour voir augmenter la pression internationale.</p>
<p>a/i : Devons-nous comprendre que la Chine et la Russie montrent un léger retrait au sein du Conseil de sécurité, ou qu&#8217;elles se maintiennent fermement ?<br />
b.l. : Je pense qu&#8217;elles avancent, qu&#8217;elles comprennent notre cheminement. Il n&#8217;y a pas encore de changement profond de position. Mais je pense qu&#8217;il y a une évolution, surtout une plus grande inquiétude à propos d’Assad et du régime syrien.</p>
<p>a/i : Pensez-vous que l&#8217;imposition des sanctions dans le domaine des hydrocarbures va représenter une étape peut-être pas décisive, mais presque, et que nous pourrons commencer à entrevoir le début de la fin ?</p>
<p>b.l. : Il est difficile de définir un horizon temporel, mais les sanctions dans le secteur des hydrocarbures vont pénaliser le régime, et le pays. Je suis partisan des sanctions. Elles ont parfois mauvaise presse, mais je pense que dans la plupart des cas, elles produisent des résultats. Il s’agit d’un instrument de changement important, surtout dans des cas comme celui-ci, où il a jusqu’à présent été difficile d’établir un consensus au sein du Conseil de sécurité.</p>
<p>a/i : Pensez-vous que l&#8217;armée est en train de jouer un rôle prépondérant dans la transition égyptienne ?</p>
<p>b.l. : Je pense que oui, et c&#8217;est un rôle qui provient traditionnellement de l&#8217;époque de Nasser. L&#8217;armée a joué un rôle majeur dans la vie politique égyptienne, mais je pense aussi qu&#8217;il y a une volonté de changement, de laisser le pouvoir aux mains des civils et de s’engager dans une transition, même si l&#8217;on est conscient que ce ne sera pas facile. Nous voyons, quoique probablement avec des retards, que le calendrier électoral suit son chemin : au mois de novembre vont avoir lieu les premiers rendez-vous électoraux. Il y aura peut-être du retard aux présidentielles, il y aura une nouvelle Constitution, une réforme&#8230; Le bloc protagoniste de la révolution n&#8217;est pas homogène, et qu’il existe d’importantes différences entre les uns et les autres, par exemple, dans la façon d&#8217;appréhender la réforme constitutionnelle, ou le calendrier&#8230;</p>
<p>a/i : À propos des principes supra-constitutionnels, nous voyons qu&#8217;il y a deux grands courants : un islamiste et un autre plus ouvert, libéral. L&#8217;armée, mis à part son rôle d&#8217;arbitre, essaye peut-être de se rendre indispensable&#8230; Un tel risque existe-t-il ?</p>
<p>b.l. : Je pense qu’il s’agit d’un acteur indispensable, et qu’elle souhaite probablement laisser le pouvoir aux mains des civils. Elle ne pense pas que le pays ira mieux dans le cas contraire. Les militaires ont déjà vu les conséquences d&#8217;une présidence comme celle de Moubarak. La révolution seule, sans l&#8217;action des militaires, n&#8217;aurait pas empêché l’éventualité de la succession de son fils&#8230; De plus, je pense qu&#8217;il existe un certain sentiment nationaliste, de fierté, aujourd&#8217;hui exacerbé ; les militaires ont vu que celui-ci se renforce lorsque l&#8217;Égypte mène ses réformes. Aussi, les militaires égyptiens savent que si le pays veut continuer à exercer un leadership, il devra mettre en œuvre ces réformes. C&#8217;est un pays compliqué, où une part importante de la population vit dans des zones rurales sociologiquement plus conservatrices, avec parfois des niveaux d&#8217;analphabétisme très élevés. Les conditions ne sont donc pas favorables à une transition rapide. Les leaders locaux qui ont joué un rôle important au sein du PND de Moubarak vont également jouer un rôle, qui ne sera probablement pas le plus favorable à une transition. Il faut négocier avec les Frères musulmans, au sein desquels il existe des tendances très différentes. D&#8217;une part, les plus âgés, qui défendent une certaine façon d&#8217;agir, d&#8217;autre part, les plus jeunes, qui ont souvent soutenu les révolutionnaires laïcs. Toutes ces forces interagissent dans la transition égyptienne, et les militaires en deviennent les arbitres.<br />
Une Assemblée constituante avec des partis démocratiques, même s&#8217;ils ne sont pas majoritaires, entraînera un besoin de consensus. Les Frères musulmans sont astucieux, et ils ont jusqu’à présent fait preuve de stratégies intelligentes afin de parvenir à des accords avec tout le monde. De nouvelles dynamiques démocratisantes, libéralisatrices seront crées, telles que élection dans quelques mois (il faut souhaiter que ce soit le plus tôt possible) d&#8217;un président – même s&#8217;il ne représente aucun parti particulier – investi de certains pouvoirs&#8230; Si les Égyptiens élisent quelqu&#8217;un montrant une capacité de leadership, susceptible d&#8217;introduire des éléments transformateurs dans le système, des dynamiques de changement plus que considérables se produiront.  Mais l&#8217;Égypte n’a rien à voir avec la Tunisie. La Tunisie est un pays plus homogène, où il existe, d&#8217;un point de vue social, une trajectoire historique favorable à une transition rapide. En Égypte, ce n&#8217;est pas le cas. La transition ne sera pas rapide, mais elle se fera. Les militaires savent qu&#8217;il y a certaines erreurs à ne pas commettre. C&#8217;est un pays de grandes dimensions, avec une population importante, des ressources&#8230; Ses réserves ne sont pas énormes, mais il possède des actifs extraordinaires, et pas seulement énergétiques. Le tourisme, le Nil, qui est en soit une « bénédiction divine », des vestiges archéologiques d&#8217;une valeur incalculable, le canal de Suez&#8230; Bien gérée, l&#8217;Égypte a de beaux jours devant elle.</p>
<p>a/i : Le général Tantawi, aujourd&#8217;hui maréchal, souhaite-t-il que l&#8217;armée garde le contrôle ou préfère-t-il faciliter une lente transition vers la société civile ?</p>
<p>b.l. : Les événements actuels penchent davantage pour la seconde hypothèse. Le maréchal Tantawi, le général Anan, le général Assad&#8230; ont tous – parce qu&#8217;ils forment un Conseil – la volonté de poursuivre en avant. Il y a eu des retards dans le calendrier, aussi en Tunisie, qui ont été interprétés comme des signes révélateurs de certains problèmes. Je crois pour ma part que l&#8217;on a surtout voulu organiser les élections le mieux possible, avec toutes les garanties. S&#8217;il faut que le processus soit plus lent pour que le résultat soit meilleur, nous devons le comprendre, le favoriser, mais avant tout ne pas l’interrompre : telle est la clef de l&#8217;Égypte. Nous vivons à une époque où les gens sont habitués à ce que les choses se produisent rapidement, mais tout ne peut pas aller aussi vite.</p>
<p>a/i : Que pensez-vous des élections du 23 octobre en Tunisie ?</p>
<p>b.l. : La première bonne nouvelle est que ces élections ont été bien organisées, exemplaires : les premières démocratiques de toute l&#8217;histoire de la Tunisie. La seconde est qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une Assemblée constituante fragmentée, mais avec certains blocs importants. Il y a une force hégémonique, Ennahda, qui jouit d&#8217;un grand soutien auprès de la population, mais il y a des partis laïcs du centre, centre-gauche, comme Ettakatol ou le PDP, qui bénéficient également  d&#8217;un important appui&#8230;<br />
Jusqu&#8217;à présent, les uns et les autres ont montré leur capacité consensuelle. La Tunisie sera un référentiel pour le monde arabe. Et j&#8217;espère qu&#8217;elle sera en mesure de collaborer avec la communauté internationale et avec l&#8217;UE. Le 28 et 29 octobre s&#8217;est tenue la réunion de la task force Tunisie-UE. J&#8217;ai pu participer aussi bien à la préparation qu&#8217;à l&#8217;analyse des résultats avec les 12 principaux partis politiques de la commission Ben Achour, et ils se montrent tous favorables à une plus forte implication de l&#8217;UE dans le processus.</p>
<p>a/i : Quel est votre rôle vis-à-vis de l’Union pour la Méditerranée ?</p>
<p>b.l. : Pour plusieurs motifs, nous avons traversé une période de certaines stagnations au sein du processus de l&#8217;UpM. Je pense que nous allons désormais assister à une relance. La nomination de Youssef Amrani au poste de secrétaire général est très positive, car il s’agit d’une personne avec une forte capacité de leadership et de rénovation. Les changements qui sont en train de se produire dans le Sud compliqueront peut-être le scénario à court terme, mais ils peuvent finir par être très positifs pour l&#8217;UpM. La meilleure syntonie dans les principes et les valeurs, qui pourront enfin être pleinement partagés avec des pays ayant mené leurs transitions démocratiques, devrait déboucher sur une plus grande union.</p>
<p>a/i : Une fois que la Palestine a décidé de présenter sa demande aux Nations unies, et qu&#8217;il existe la possibilité qu’elle soit reconnue en tant qu&#8217;État membre, quelle est la situation de l&#8217;UE ? Pour certains même, compte tenu de la marge limitée de manœuvre des États-Unis, il s’agit d’une opportunité pour l&#8217;UE.</p>
<p>b.l. : Je dois tout d&#8217;abord préciser que la question palestinienne ne fait pas partie de mon mandat. En revanche, ma mission engloberait le renforcement des institutions palestiniennes, et tout ce qui est susceptible de contribuer à la démocratisation de la société palestinienne en tant que société située dans la région sud de la Méditerranée. Cela dit, je crois que l&#8217;UE a démontré que même lorsqu’il peut y avoir des différences d&#8217;appréciation et de vision entre les États, il existe des chances : tout d&#8217;abord, de parvenir à un accord ; ensuite, d&#8217;adopter une position constructive favorable à la poursuite du processus de paix. Depuis la création du Quartet, les USA acceptent, en tant qu&#8217;acteur indispensable investi d’un leadership spécial au Proche-Orient, qu&#8217;ils ont besoin du soutien de la communauté internationale. Je pense que la nouvelle la plus positive de ces derniers jours est que les Nations unies redeviennent un acteur décisif. Il me semble qu&#8217;il n&#8217;était ni bon, ni intelligent, que l&#8217;ONU reste en marge du processus. Le gouvernement israélien doit comprendre qu&#8217;en raison des nombreuses difficultés ou du besoin de garantir ses alliances, il devra faire des concessions. Je pense qu&#8217;une partie importante du Likoud comprend que la seule solution passe par un accord définitif dans lequel il faudra céder, entre guillemets, depuis la perspective israélienne, ou répondre à des exigences très dures de l&#8217;autre partie. Il existe une majorité au centre, Kadima, et une majorité à gauche, travailliste entre autres partis, qui sait que l’heure de la vérité est venue. Il y a probablement un calme momentané aujourd’hui après la dernière Assemblée générale, mais un sens d&#8217;urgence doit s&#8217;imposer. L&#8217;UE a toujours eu une position d&#8217;avant-garde vis-à-vis de l&#8217;État palestinien. Elle a été la première, dans la déclaration de Venice en 1980, à parler d&#8217;État palestinien, ce qui provoqua à l’époque un véritable scandale international. En 1999, avec la déclaration de Berlin, un pas en avant fut donné en disant qu&#8217;il devait y avoir un État palestinien que l&#8217;UE reconnaîtrait le moment venu. Peut-être ce moment est-il proche. À condition qu’Israël se montre disposé à négocier et cesse de congeler le processus d’accord. Il sera d’autant plus positif que l&#8217;État naisse d&#8217;un accord de paix bilatéral, fruit d&#8217;une entente, avec des paramètres acceptés par Israël et par les Palestiniens, mais aussi par les États voisins et la communauté internationale.</p>
<p>a/i : Nous aimerions connaître votre opinion sur la situation en Libye.</p>
<p>b.l. : En premier lieu, c’est la fin du régime de Kadhafi : un régime qui a été parmi les pires de la région du XXe siècle, et qui, pour survivre, a vidé le pays de ses institutions et anéanti l’esprit des Libyens, empêchant ainsi la prospérité économique, intellectuelle, politique&#8230; La tâche à réaliser en Libye est donc beaucoup plus ardue, et va requérir bien plus d&#8217;efforts et de temps que d&#8217;autres pays. S&#8217;il est évident que la Tunisie et l&#8217;Égypte vont avoir besoin d&#8217;un fort soutien international pour sortir de ce pas, c&#8217;est encore plus vrai dans le cas de la Libye.En second lieu, nous devrons être prêts à travailler à l’organisation d&#8217;un pays dont la géographie et le climat imposent d&#8217;immenses difficultés, avec une faible population, une absence de culture politique, et des ressources énergétiques qui, même si elles constituent un grand attrait pour le pays, sont également problématiques. Les jeunes qui faisaient leurs études à l&#8217;étranger et sont aujourd&#8217;hui revenus dans le pays, avec une vision ouverte du monde, peuvent participer grandement à la création de l’élite des fonctionnaires et hommes politiques dont le pays a besoin. Mais il y a également des éléments radicaux islamistes qui jouent un rôle fondamental. Les difficultés sont grandes.</p>
<p>a/i : Une mission internationale de pacification en Libye sera-t-elle nécessaire ?</p>
<p>b.l. : Je ne pense pas. Les nouvelles autorités libyennes tiennent fortement à leur souveraineté et souhaitent guider elles-mêmes le processus. C&#8217;est un bon point.</p>
<p>a/i : Que pensez-vous de la position du géant saoudien vis-à-vis des USA et d&#8217;Israël ?<br />
b.l. : Je crois que les Saoudiens sont en train de réagir, et font des choses qui auraient été impensables il y a très peu de temps. Le premier pas a été un grand programme de réformes économiques que beaucoup aimeraient avoir la possibilité de faire. Récemment, nous avons vu des mesures permettant la participation des femmes à la vie politique, des mesures libéralisatrices qui seulement hier étaient inimaginables. Nous nous attendions à ce qu&#8217;ils finissent par autoriser les femmes à conduire, ou encore qu&#8217;ils suppriment cette obligation invraisemblable, pour les femmes désirant voyager, de compter sur l’autorisation de leurs maris. Mais il se trouve que la femme peut aujourd’hui voter aux élections municipales, et il a été annoncé qu&#8217;il en sera de même aux prochaines législatives. Il s’agit d’un pays singulier, avec une tradition wahhabite et des caractéristiques religieuses très spécifiques, qui abrite en outre les Lieux Saints de l&#8217;islam. Et il n’a pas choisi l&#8217;immobilisme. Je rappelai il y a quelques minutes la déclaration du roi Abdallah sur la Syrie : une déclaration courageuse, dure. L&#8217;évolution est toujours préférable aux changements violents. L&#8217;Arabie saoudite doit en outre nécessairement jouer un rôle de leader dans le monde arabe. Pas seulement l&#8217;Arabie saoudite, il faut également mentionner les efforts déployés par Qatar, les Émirats, Oman et même le Koweït. Son positionnement dans le conflit libyen a contribué à créer un vaste consensus dans le monde arabe sur l&#8217;attitude à adopter face aux révolutions, et annonce que ces pays vont poursuivre cette voie de réforme – une réforme progressive, mais une réforme tout de même.</p>
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		<title>Égypte, de la révolution aux urnes</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 16:57:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Portada]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lent passage de la légitimité populaire de Tahrir au Parlement, associé à l’entêtement de la junte militaire, ouvre une période d’incertitude sur le chemin de la transition. Après le violent tournant pris par le Printemps arabe qui s’est étendu au Yémen, à la Libye et la Syrie, les deux premiers pays où la révolte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le lent passage de la légitimité populaire de Tahrir au Parlement, associé à l’entêtement de la junte militaire, ouvre une période d’incertitude sur le chemin de la transition.</strong></p>
<p>Après le violent tournant pris par le Printemps arabe qui s’est étendu au Yémen, à la Libye et la Syrie, les deux premiers pays où la révolte a triomphé, la Tunisie et l&#8217;Égypte, ont été considérés pendant des mois dans une même catégorie : celle des révolutions réussies. Pourtant, leurs transitions démocratiques ont emprunté des voies bien différentes. Alors qu’en Tunisie, les partis politiques ont été capables de concerter une feuille de route, et leurs relations avec le gouvernement intérimaire ont été relativement fluides, en Égypte, la junte militaire qui a assumé le pouvoir après la chute de Hosni Moubarak s’est consacrée à attiser les différends entre laïcs et islamistes, et à retarder le plus possible la passation des pouvoirs.</p>
<p>Le contraste était particulièrement évident au début novembre. Alors que la Tunisie conservait l’enthousiasme et l’espoir qui transparaissaient dans ses premières élections libres, considérées à l’échelon international comme un véritable modèle, la place Tahrir explosait à nouveau. Le centre du Caire était une fois de plus témoin d’une bataille rangée entre jeunes révolutionnaires et forces de l’ordre. Même si les troubles ont pu en surprendre beaucoup, le malaise s’était progressivement infiltré tout au long des derniers mois.</p>
<p><strong>Les racines de la révolte</strong></p>
<p>La cause principale de la deuxième vague révolutionnaire réside dans l’absence de volonté réelle, de la part de la junte militaire, de mettre en œuvre un processus de transition substantif, malgré son engagement public vis-à-vis des revendications révolutionnaires après la chute de Moubarak. Neuf mois après le renoncement du dictateur, la vie quotidienne des Égyptiens ne montrait aucun changement fondamental. La loi d’urgence, décrétée il y a plus de 30 ans et toujours en vigueur, permit aux tribunaux militaires de juger plus de 12 000 civils rien que pendant cette période. Le système de sécurité qui bafouait systématiquement les droits de l’homme pendant le régime de Moubarak n’a pas été démantelé. Son nom a changé, mais pas ses pratiques. Le pays restait administré par l’armée sans qu’il existe de date précise pour le transfert des pouvoirs à un gouvernement civil. Et même le procès de Moubarak, symbole de la nouvelle justice révolutionnaire, se trouvait dans une impasse faute de coopération des autorités.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, la goutte qui a fait déborder le vase de la patience populaire a été la présentation, début novembre, d’un document qui reprenait une série de principes que la nouvelle Constitution du pays devrait respecter. S’il s’appliquait, la démocratie égyptienne naissante se verrait entravée par la tutelle militaire. Par exemple, le texte prive le futur Parlement de toute initiative législative dans les affaires relatives aux forces armées. Le pouvoir législatif ne pourrait pas non plus en accorder le budget, qui resterait secret.</p>
<p>D’autre part, son annexe établit que 80 membres sur 100 du comité créé pour rédiger la Constitution seront sélectionnés par la junte militaire parmi des « représentants de la société civile » tels que des dirigeants syndicaux, des clercs ou des magistrats. Il incomberait au Parlement de nommer uniquement les 20 membres restants du comité. En l’absence d’un consensus sur un texte dans une période de six mois, la junte militaire s’arroge la prérogative de former un nouveau comité sans la présence de représentants du pouvoir législatif.</p>
<p>Pour protester contre le document des « principes supraconstitutionnels », une importante manifestation s’est tenue le 18 novembre sur la place Tahrir, épicentre de la révolution du 25 janvier. À la fin de la concentration, environ 200 personnes, pour la plupart des victimes de la révolution qui n’avaient toujours pas reçu les compensations promises, ont décidé de commencer un sit-in au cœur de cette place emblématique. Au petit matin, elles ont été brutalement délogées par la police, ce qui provoqua la révolte de milliers d’activistes qui se sont à nouveau rassemblés pour « reprendre le contrôle de la place ». Commençaient ainsi plusieurs jours de bataille rangée au centre du Caire, qui se solderaient par 43 morts et plus de 2 500 blessés.</p>
<p>Contrairement au stéréotype qui décrit le révolutionnaire comme un jeune cultivé, de classe moyenne, la réalité est que beaucoup de jeunes gens rassemblés sur la place Tahrir provenaient de quartiers populaires comme Imbaba. De fait, il s’agissait des rebelles les plus intrépides, qui ont osé se diriger tout près du ministère de l’Intérieur, devenu le principal front de la bataille. « Il vaut mieux que ce soit moi qui risque ma vie. Les jeunes appartenant aux classes supérieures ne peuvent pas mourir : ce sont eux qui devront construire un meilleur pays après la victoire », avouait en pleine bataille un adolescent avec de vieilles chaussures de sport et des jean usés.</p>
<p><strong>Le rôle des islamistes</strong></p>
<p>Une grande partie du succès de la manifestation du 18 novembre se devait à la participation des Frères musulmans, qui ont fait preuve d’une véritable démonstration de force par la mobilisation de milliers de suiveurs. Leur décision de soutenir la protestation représenta un changement subit de leur stratégie, après leur cohabitation avec la junte militaire tout au long des mois précédents. Encouragé par la victoire de ses coreligionnaires d’Ennahda, en Tunisie, et convaincu qu’il était capable de reproduire leur prouesse en Égypte, le mouvement islamiste n’a pas accepté de se voir relégué, par le document objet de la polémique, à un rôle secondaire dans la définition des règles du jeu du nouveau système politique.</p>
<p>Pourtant, une fois les émeutes commencées, les Frères musulmans se sont abstenus de soutenir publiquement les jeunes qui luttaient dans la rue contre les forces de l&#8217;ordre. Ils répétaient ainsi leur façon d&#8217;agir au cours de la première vague révolutionnaire. Même si la plupart des jeunes qui se sont battus contre l’armée jusqu’à prendre le contrôle de Tahrir étaient laïcs, certains d’entre eux étaient salafistes, l’un des courants les plus conservateurs de l’islam. De fait, le présidentiable salafiste, Hazem Abou Ismail, fut l&#8217;un des premiers à se situer publiquement en défense des activistes et à critiquer durement l&#8217;intervention des forces de sécurité.</p>
<p>La position officielle des Frères musulmans, exprimée après plusieurs jours d&#8217;affrontements, a été de critiquer la violence excessive utilisée par les autorités, sans pour autant inviter ses partisans à participer aux marches de rejet organisées par les associations de jeunes et partis proches. De plus, l’organisation insistait sur l’importance de respecter le calendrier électoral prévu, qui fixait le premier tour des élections législatives au 28 novembre.</p>
<p>Cette attitude lui a valu des accusations d’opportunisme de la part des activistes et des partis politiques qui considéraient que les islamistes voulaient éviter à tout prix une escalade des affrontements qui pourrait retarder leur victoire aux législatives. Dans un communiqué public, les Frères musulmans qui, aux élections, étaient représentés par leur bras politique, le Parti Liberté et Justice, ont nié que leur position répondait à des calculs électoraux, et l’ont justifiée en expliquant qu’une suspension des élections serait négative pour le pays, car tout prolongement de la période de gouvernement de la junte militaire pourrait provoquer un chaos.</p>
<p>Pour leur part, la majorité des partis laïcs ont offert leur soutien aux activistes de Tahrir, mais seulement au bout de 72 heures d&#8217;altercations. Tout comme au mois de janvier, l’éclatement révolutionnaire semblait prendre les partis politiques par surprise. Ce sont à nouveau les jeunes activistes qui ont pris l’initiative politique dans ce bras de fer contre la junte militaire, et les partis se sont contentés de les suivre. D’où le fait que la plupart des manifestants insistent sur leur caractère indépendant, et montrent une attitude critique contre les partis politiques en général. Si quelqu’un les représente, ce sont en réalité des dizaines d&#8217;organisations sociales comme le Mouvement 6 avril, qui est la plus connue à l’échelon international.</p>
<p><strong>Élections et perspectives d’avenir</strong></p>
<p>Malgré la violence l’ayant précédé, le premier des trois tours destinés à élire la nouvelle Assemblée populaire s’est déroulé sans incident graves. En tout, les citoyens de neuf des 27 provinces du pays, notamment les villes les plus importantes du pays, Alexandrie et Le Caire, ont exercé leur droit de vote.</p>
<p>D’après les données officielles, la participation était de 52 %, un chiffre très supérieur à celui des élections organisées sous le régime de Moubarak. En théorie, en Égypte, le vote est obligatoire, et la non-participation est passible d’une amende de 500 livres (environ 60 euros) – même si de telles sanctions sont rarement appliquées. Bien que de nombreux votants des quartiers populaires aient signalé cette raison comme principale source de motivation pour se rendre aux urnes, la plupart des analystes considèrent le niveau de participation comme une réussite.</p>
<p>Pendant les deux jours qu’a duré le vote, de nombreuses irrégularités ont été enregistrées, quoique de faible importance. Parmi les plus fréquentes, l’ouverture retardée de nombreux collèges électoraux, et le non-respect de la norme interdisant de distribuer de la propagande électorale pendant les 48 heures préalables au début des élections. Quoi qu&#8217;il en soit, la perception générale, aussi bien par les citoyens que par les rares observateurs internationaux présents, est que les élections ont été légitimes. Ainsi, pour la première fois depuis la révolution de 1952, l’Égypte comptera sur un pouvoir législatif légitime aux yeux de la majorité de la population.</p>
<p>Néanmoins, il convient de souligner que la campagne électorale s’est déroulée dans un climat d’exceptionnalité qui a pu conditionner ses résultats. Pendant les 10 jours qui ont précédé les élections, l’attention des médias s’est portée sur le bras de fer entre les forces de l’ordre et les jeunes révolutionnaires. En signe de respect pour les victimes, de nombreux partis ont annulé leurs actes de campagne. Cette situation a empêché les partis politiques d’avoir le temps et l’espace nécessaires pour présenter leurs programmes, ce qui est un aspect particulièrement crucial si l’on sait que la majorité des 47 partis qui participent aux élections ont été créés au cours des derniers mois.</p>
<p>Il ne fait aucun doute que l’absence réelle de campagne a favorisé le parti qui compte sur une meilleure organisation et une plus forte identité : les Frères musulmans. Le mouvement islamiste a réalisé une véritable démonstration de force au premier tour, puisqu’il a été le seul à être notablement représenté dans tous les collèges électoraux. Devant la désorganisation des autorités, l’une des principales tâches des 40 000 volontaires du mouvement déployés dans les neuf provinces a été d’informer l’électeur du collège électoral auquel il appartenait. Un nouvel exemple de la capacité à fournir des services par un mouvement islamiste face à l’abandon de ses responsabilités par l’État.</p>
<p>Même s’il n’y a aucun résultat officiel, la presse locale a filtré des données de comptages partiels donnant à l’islamisme une victoire écrasante. Les Frères musulmans, de loin la force la plus votée, et la coalition salafiste Al Nour pourraient à eux seuls rassembler de 60 à 70 % des suffrages en jeu. Ainsi, et étant donné que les provinces devant encore voter ont un profil plus conservateur, tous les pronostics tendent vers un nouveau Parlement contrôlé par des partis islamistes.</p>
<p>Comme le prétendait la junte militaire, le début de ces élections législatives marathoniennes – elles se prolongeront jusqu’au 10 janvier pour la Chambre basse, et jusqu’au 11 pour la Chambre haute – semble avoir allégé la pression de Tahrir, de moins en moins occupée par les activistes. Le noyau de la contestation contre le pouvoir de l’autorité militaire se déplacera probablement bientôt au Parlement élu, puisque la feuille de route de la junte militaire lui octroie des pouvoirs très limités qui seront difficilement acceptés par la majorité des députés.</p>
<p>La crise générée par la seconde vague révolutionnaire a provoqué la démission du président Essam Sharaf, et l’ancien premier ministre Kamal Al Ganzouri a été chargé de former un nouveau gouvernement. Sa nomination a été rejetée par toutes les forces politiques de l’opposition et par les groupes de jeunes révolutionnaires qui demandent la création d’un gouvernement de « salut national » prenant en charge les pouvoirs de la junte militaire. Celle-ci n’a cependant pas l’intention de remettre le pouvoir à une autorité civile jusqu’en juillet, après la tenue des élections présidentielles.</p>
<p>Le lent passage de la légitimité populaire de la place Tahrir au futur Parlement, associé à l’entêtement de la junte militaire, ouvre une période d’incertitude sur le chemin de la transition égyptienne au cours des prochains mois. Cela dépendra en grande partie du niveau de pression contre les militaires que choisiront d’appliquer les Frères musulmans. Après plus de 60 ans de persécution, leur victoire électorale probable les situe devant la plus grande part de pouvoir jamais obtenue. Mais aussi devant une grande responsabilité.</p>
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		<title>La religion à l’ère post-révolutionnaire</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 16:44:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Plus la sphère publique s’ouvrira aux islamistes, moins ils résisteront au changement. La menace ne provient pas de la religion, mais de ceux qui veulent reproduire les structures autoritaires. Les révoltes sans précédents qui ont eu lieu au Proche-Orient, dans ce que l’on a appelé le Printemps arabe, feront date dans l’histoire moderne arabe. Après [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Plus la sphère publique s’ouvrira aux islamistes, moins ils résisteront au changement. La menace ne provient pas de la religion, mais de ceux qui veulent reproduire les structures autoritaires.</strong></p>
<p>Les révoltes sans précédents qui ont eu lieu au Proche-Orient, dans ce que l’on a appelé le Printemps arabe, feront date dans l’histoire moderne arabe. Après des décennies de stagnation et dégradation, les jeunes arabes ont libéré leurs pays des régimes autoritaires et autocratiques qui se trouvaient au pouvoir depuis si longtemps. Cependant, le Printemps arabe a conduit à un débat acharné sur le rôle de la religion dans la sphère publique arabe. En Égypte, ainsi qu’en Tunisie, le débat public a tourné autour de deux questions principales. La première est la relation qui devrait s’établir entre religion et politique dans les nouveaux systèmes politiques et à quel point les sociétés arabes peuvent adopter le sécularisme ou le laïcisme. La deuxième est le rôle des mouvements islamistes dans la restructuration de la politique et la construction de nouveaux contextes politiques à l’ère postérieure à l’autoritarisme.</p>
<p>Il n’est pas étonnant que beaucoup de libéraux et de laïcistes arabes aient sorti au grand jour leurs préoccupations et réserves héritées vis-à-vis du resurgissement des mouvements islamistes. Cependant, depuis la chute des régimes autocratiques en Tunisie, en Égypte et en Libye, les libéraux et les laïcistes n’ont rien fait pour convaincre l’opinion publique de leur programme. De façon alarmante, certains d’entre eux défendent non seulement l’exclusion des islamistes de la scène politique, mais aussi, ce qui est plus ironique, de suspendre la transition démocratique pour empêcher les islamistes d’arriver au pouvoir.</p>
<p>Cet article soutient que la religion – utilisée ici en tant que source normative de valeurs et d’identité plus que comme un texte sacré – aura une fonction essentielle dans la transition démocratique dans le monde arabe. Et non seulement du fait de l’influence dans le contexte postrévolutionnaire des acteurs islamistes, qui possèdent d’importants réseaux bien établis dans la plupart des sociétés arabes, mais aussi, ce qui est plus important, du fait de l’augmentation de la demande de valeurs, expressions et principes morales islamiques dans la sphère publique arabe. Cependant, ceci n’implique pas, tel que beaucoup sont enclin à en déduire, que ce rôle minera la transition démocratique ou tronquera ses résultats. Au contraire, toute tentative de marginaliser ou exclure la religion de la sphère publique non seulement échouera, mais entravera aussi la transition.</p>
<p><strong>Religion et révolution, une relation polémique</strong></p>
<p>À quel point la religion peut-elle influencer les révolutions et comment ? Au premier abord, l’histoire de la lutte pour la liberté peut être interprétée comme le conflit entre deux forces opposées qui luttent pour restructurer et dominer la sphère publique. Conflit qui se produit entre ceux qui aspirent à conserver le pouvoir et l’influence et ceux qui défient cette tendance et cette ambition hégémonique pour libérer la société de l’État. Depuis la révolution française au XVIIIè siècle jusqu’à la révolution iranienne au XXè siècle, les conflits politiques et sociaux ont tourné autour de qui doit dominer l’autre, l’État ou la religion. Tel que le signalent Hammond et Machacek, les religions et les États ne sont pas seulement des idées, mais des ensembles de rôles joués par des gens. Inutile de dire que ces rôles sont antagoniques et qu’ils se disputent la sphère publique. Donc, les révolutions rendent manifeste la volatile relation entre État et religion. Plus l’État domine la sphère publique, moins la religion prospère et plus l’affrontement est profond.</p>
<p>Mais que se passe-t-il avec le Printemps arabe, la religion joue-t-elle un quelconque rôle ? En opposition aux chroniques qui réduisent l’importance du rôle de la religion dans les révoltes arabes, je maintiens qu’il a été important et, dans certains cas, crucial pour le succès des révoltes. Cependant, ce rôle a adopté différentes formes et expressions. Par exemple, dans les premières phases des révoltes, les mosquées furent le principal lien pour mobiliser les manifestants, lancer des actions collectives et déclencher les protestations. Du fait que les régimes arabes avaient fermé toutes les fenêtres politiques et réduit la sphère publique, les mosquées étaient le seul recours des gens pour se réunir et se manifester pour la liberté. Il est vrai que pendant des décennies, les autocrates arabes ont tenté de contrôler les mosquées pour empêcher les islamistes de les utiliser pour recruter des membres et diffuser leur idéologie. Cependant, le Printemps arabe a revitalisé les mosquées et leur a assigné un rôle crucial pour protéger de nombreux manifestants. Et ce qui est plus important, sur la place Tahrir (Égypte), à Sanaa (Yémen) et à Deraa (Syrie), les mosquées ont constitué une zone d’amortissement entre les manifestants et les forces de sécurité brutales.</p>
<p>Nous retrouvons une autre expression de la religion dans le rôle des prières du vendredi au moment de lancer les protestations. Une fois de plus, les mosquées furent l’épicentre du Printemps arabe. Du fait de l’appareil de sécurité répressif des États arabes, il était extrêmement difficile pour les milliers de manifestants de se réunir et de se manifester contre les autorités sans mettre leurs vies en danger. Cependant, aux cours des prières du vendredi, il était possible de mobiliser beaucoup de manifestants et mettre sur pied une action collective spontanée. Il n’est pas étonnant que les jeunes activistes aient utilisé habilement les prières des vendredis pour mobiliser beaucoup de personnes du commun et apolitiques et les pousser à crier contre les régimes autoritaires. Ce n’est pas un hasard si les marches « du million » dans de nombreuses villes arabes avaient souvent  lieu les vendredis. Ces multitudes désenchantées peuvent être considérées par les Durkheimiens comme une forme d’ « effervescence collective », où la religion est considérée comme une force surnaturelle qui dirige les masses applaudissant son resurgissement, mais pour les manifestants ce n’était rien de plus qu’une action collective rationnelle et rusée.</p>
<p>Cependant, la manifestation la plus visible de la religion dans le Printemps arabe a été la fonction, positive ou négative, qu’ont remplie les érudits et les institutions religieux. Depuis le début, beaucoup d’érudits éminents (oulémas) ont appuyé les révoltes arabes. Par exemple, le cheikh Youssef Al Qaradawi, de Doha, a appuyé les révoltes en Tunisie, en Égypte et en Libye, et il continue à les appuyer au Yémen et en Syrie. De façon semblable, l’institution Al Azhar, le centre islamique le plus ancien du monde musulman et guide de l’islam modéré, a donné son appui aux manifestants et demandé aux autocrates de cesser de les tuer. Il est vrai que le Grand Cheikh et recteur d’Al Azhar n’appuya pas la révolution égyptienne dès le début, mais une fois Hosni Moubarak renversé, il adopta une rhétorique progressiste et d’appui au Printemps arabe.</p>
<p><strong>Islam contre laïcisme, un débat insignifiant</strong></p>
<p>Le long débat entre l’islam et le laïcisme n’est pas seulement trompeur, mais aussi insignifiant, spécialement dans le contexte actuel. Et non pas à cause du déclin du laïcisme et la sécularisation dans le monde entier, mais aussi à cause de l’échec retentissant du modèle occidental de modernisation que l’on a essayé d’imposer à d’autres cultures et sociétés, sans tenir compte des différences. Cependant, le Printemps arabe a relancé l’ancien débat entre islam et démocratie, et entre islam et laïcisme. Ces derniers mois, la principale question en Égypte, et aussi en Tunisie, était l’identité qu’assumerait le pays avec le nouveau système politique. Alors que les libéraux et les laïcistes défendaient un État laïc pur, les islamistes ont plaidé pour donner un caractère conservateur à l’État pour pouvoir déterminer les codes moraux et éthiques de la société.</p>
<p>Ce qui est plus important, le poids de plus en plus grand que présente la question de l’identité dans l’espace public, situe au premier rang la problématique de la relation entre religion et société, et entre religion et État, dans le monde arabe. Sans trop m’arrêter sur les antécédents historiques, j’assume que les anciens régimes de la Tunisie et de l’Égypte doivent être tenus pour responsables du sabotage de cette relation. Par exemple, avec Moubarak et Zine el Abidine ben Ali, il était interdit de parler de si la société pouvait être indépendante de l’État et de quel devait être le rôle de la religion dans la sphère publique, laquelle était soumise à une dure censure. Par conséquent, après la chute de ces régimes, ces questions ont vu le jour et continueront à constituer une espèce de thermomètre pour évaluer la relation entre les tendances islamiste et libéral/laïciste dans la prochaine période.</p>
<p>Sans doute, le débat acharné entre islamistes et laïcistes dans la sphère publique éveille des craintes sur l’avenir du Printemps arabe. Cependant, il s’agit d’un reflet de l’éternelle crise d’identité dans le monde arabe, surtout parmi les jeunes générations. Qui plus est, il révèle à quel point les deux camps sont disposés à construire un consensus dans le contexte post-autocratique. Cependant, selon moi, ce débat, plus qu’indiquer les différences idéologiques entre islamistes et laïcistes, reflète l’habileté politique des uns et des autres. En d’autres mots, il reflète le naissant conflit social de l’ère postérieure à l’autoritarisme. Cela vaut la peine de faire mention du fait que les libéraux et les laïcistes proviennent pour la plupart des classes hautes et moyennes-hautes de la société, et qu’ils ont joué un rôle essentiel au moment de mettre la révolution égyptienne en marche. D’un autre côté, les islamistes représentent la classe moyenne-basse, et certains d’entre eux ont participé dans la révolution depuis le début. Qui plus est, en tant que nouvelle partie intéressée, les islamistes utilisent la question de l’identité pour gagner des adeptes et manipuler l’opinion publique. D’un autre côté, les libéraux et les laïcistes tentent d’utiliser cette même question pour augmenter leur attractif et gagner l’appui extérieur. L’identité dans ce cas-là va au-delà de l’étroit cadre d’organisation et elle envahit l’espace culturel.</p>
<p><strong>Panorama confus</strong></p>
<p>Pour de nombreux analystes occidentaux, et aussi arabes, ce sont les jeunes qui ont déclenché le Printemps arabe. Cependant, on ne peut pas assurer que tous ces jeunes activistes étaient tous libéraux et laïcistes. Il est vrai que la majorité des manifestants dans les rues arabes n’ont adopté aucune idéologie religieuse ni défendu la création d’un État islamique, mais ils n’ont pas non plus exigé un État laïc.</p>
<p>La tendance à sous-estimer le rôle des islamistes est une autre idée trompeuse sur le Printemps arabe. C’est un fait connu que les islamistes n’ont pas participé, ou du moins n’ont pas encouragé les protestations contre Ben Ali et Moubarak. Cependant, une analyse plus minutieuse révèle le contraire. Par exemple, en Égypte, bon nombre des courants islamistes étaient présents sur la place Tahrir, timidement au début et ensuite de toutes leurs forces. Une fois que les islamistes (qui sont normalement la tête de turc des régimes despotiques) comprirent que ce qui était en train de se passer allait au-delà d’une simple manifestation, ils incitèrent les leurs à se joindre à la bataille.<br />
Les islamistes choisirent sagement de rester dans un second plan pendant les révolutions arabes. Cependant, ceci était dû principalement à des raisons tactiques. La première était d’atténuer la phobie occidentale vis-à-vis des révoltes islamistes. Ils avaient appris la leçon algérienne du début des années quatre-vingt-dix, lorsque le régime avorta la victoire électorale des islamistes et exerça une répression brutale sur laquelle l’Occident, qui ne fit rien pour stopper le coup d’État, n’émit pas un mot. La deuxième était d’éviter la répression du régime. Les islamistes en Tunisie et en Égypte étaient sûrs du fait que toute participation dans les manifestations pourrait donner lieu à un véritable massacre. Par conséquent, ils évitèrent délibérément tous les slogans religieux et les cris demandant un État islamique. En dernier lieu,  il était essentiel pour le succès du Printemps arabe que les islamistes restent assis sur le siège arrière des révoltes jusqu’à ce que les régimes autocratiques fussent renversés.</p>
<p>Ce qui est plus important, la participation dans les révolutions arabes ne se limita pas à une faction islamiste. En Égypte, par exemple, la place Tahrir était remplie de membres des Frères musulmans, d’anciens jihadistes, de salafistes et d’islamistes indépendants. En Tunisie, la base populaire du mouvement Ennahda participa à la révolution. En Libye, Abdel Hakim Belhaj, ancien jihadiste et fondateur du Groupe islamique combattant libyen, dirigea l’assaut final contre Tripoli, ce qui est quand même ironique. Au Yémen et en Syrie, les Frères musulmans jouent un rôle crucial dans les protestations contre les régimes d’Ali Abdoullah Saleh et Bachar al Assad, respectivement. Qui plus est, en Égypte, ainsi qu’en Tunisie et en Libye, les jeunes révolutionnaires ont loué les islamistes pour avoir sauvegardé les révolutions arabes à des époques difficiles, lorsque les régimes autocratiques s’accrochaient de toutes leurs forces au pouvoir.</p>
<p><strong>Le mythe du ‘Printemps islamiste’</strong></p>
<p>Malgré l’euphorie du Printemps arabe, beaucoup d’académiciens et d’analystes ont manifesté leur inquiétude et préoccupation au sujet de la possible réapparition des islamistes dans le monde arabe. Leur avancée en Tunisie et en Égypte a renforcé la fameuse idée du « Printemps islamiste ». Ironiquement, les hommes politiques occidentaux ne partagent pas ce sentiment, probablement parce qu’ils doivent accepter la nouvelle réalité qui s’impose dans la région. Cependant, le raisonnement de ceux qui s’inquiètent du resurgissement des islamistes semble manquer de fondements, pour ne pas dire qu’il est insignifiant. Il invoque le vieux « loup » islamiste, qui a été créé et adopté par les dictateurs renversés, Ben Ali, Moubarak et Kadhafi.</p>
<p>Il est vrai que les islamistes, pour des raisons historiques et d’organisation, sont la force la plus coordonnée et politisée dans le monde arabe, mais ceci ne veut pas dire que leur ascension soit inévitable. À la différence de ceux qui perçurent la victoire du parti Ennahda en Tunisie comme une menace islamique, je crois qu’elle fut en-dessous des prévisions. Il est vrai qu’Ennahda obtint environ 40 % des sièges de l’Assemblée constituante, mais, étant donné ses grandes perspectives avant les élections, cette victoire semble modeste, sinon décevante. Cependant, l’autre face de ce triomphe est qu’environ 60 % des Tunisiens n’appuient pas Ennahda, ou sont contre. Qui plus est, leur réapparition a éclipsé les autres aspects du succès de la transition tunisienne, que l’on peut considérer unique et hors du commun dans le monde arabe.</p>
<p>De plus, ce mythe de l’essor des islamistes assombri les changements massifs qui sont en train d’avoir lieu à l’intérieur des mouvements islamistes dans le monde arabe. Par exemple, maintenant, les islamistes en Égypte ne sont pas monolithiques, mais, au contraire, ils sont divisés, fragmentés et jusqu’à un certain point confrontés. La phase postérieure à la révolution du 25 janvier déclencha une sorte d’ « explosion » sur la scène islamiste égyptienne. La participation politique est devenue maintenant la voie préférée par la majorité des membres des groupes et tendances islamistes, même ceux qui la refusaient auparavant et condamnaient, peut-être, la participation politique et l’activité des partis politiques pour des raisons religieuses et idéologiques.</p>
<p>Qui plus est, beaucoup de salafistes et d’anciens jihadistes considèrent que la participation démocratique est la meilleure voie pour promouvoir leurs projets religieux et politiques et pour obtenir une légitimité dans la sphère publique. Pendant ce temps, pour la première fois de leur histoire, les Frères musulmans ont fondé un parti politique. Malgré les nombreuses réserves qui se sont manifestées vis-à-vis du manque de transparence qui a entouré la création du Parti Liberté et Justice, cela constitue tout de même un pas décisif pour intégrer les Frères musulmans dans la vie politique. Les salafistes, à leur tour, ont fondé trois nouveaux partis jusqu’à l’heure : Al Nour (Lumière), Al Asala (Authenticité) et Al Fadila (Vertu). Et il est très probable que de nouveaux partis salafistes soient créées, surtout si l’on tient compte de l’incroyable fluidité qui caractérise cette tendance actuellement. Mais peut-être que le fait le plus surprenant est que le mouvement auparavant jihadiste (Al Gamaa Al Islamiya et le jihad égyptien) et ses leaders penchent aussi pour la participation politique sous l’égide d’un parti politique.</p>
<p>Que signifie tout cela ? Cela signifie que les islamistes, malgré tout ce que l’on a dit sur leur pouvoir et leur influence, sont prêts à changer et ils vont changer. Cependant, la caractéristique la plus frappante de ce changement est l’explosion de dynamisme et de conflits internes après des décennies de stagnation générationnelle et au niveau de l’organisation. C’est comme si la révolution avait fait éclater une sorte de digue et déclencher de nouvelles énergies revitalisantes qui tentent de restructurer et réordonner les mouvements et qui peuvent affleurer sous forme de disputes et de divisions. Par exemple, les Frères musulmans, le mouvement islamiste le plus ancien du monde arabe, a connu des divisions historiques entre les générations plus anciennes et les plus jeunes. Jusqu’ici, quatre partis ont surgi du groupe le plus âgé et beaucoup de leaders vétérans ont quitté le mouvement en protestation contre sa politique.</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Le merveilleux Printemps arabe a rendu manifeste le dynamisme des sociétés arabes. Il a montré la capacité des jeunes arabes à construire une nouvelle sphère publique reflétant leurs idées et aspirations. Selon moi, la question n’est pas le rôle et l’espace que peut avoir la religion dans cette sphère naissante, mais plutôt l’impact qu’aura sur la religion le fait que cette sphère s’émancipe de l’État. Dans cet article, j’ai soutenu que la religion – j’insiste, les dimensions culturelles et symboliques de la religion – a joué un rôle vital dans les révoltes arabes. Cependant, ce rôle n’a été ni rigide ni statique. Malgré l’apparition de l’islamisme dans les moments postérieurs aux révoltes, il était clair que les mouvements islamistes penchaient pour le changement. Plus cette sphère s’ouvrira pour inclure les islamistes, moins ils résisteront au changement et moins rétrogrades ils se montreront. Finalement, je soutiens que la menace pour les démocraties arabes naissantes ne provient pas de la religion, ni de l’islamisme, mais plutôt de ceux qui luttent pour reproduire les vieilles structures autoritaires et pour mettre fin au Printemps arabe.</p>
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		<title>Quelles leçons doit-on apprendre du processus de développement turc ?</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 16:15:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La Turquie est, pour la région MENA, davantage une grande source d’inspiration pour le développement qu’un modèle absolu et immuable. La diversification est un trait de caractère évident de la transformation économique turque. Elle repose sur trois aspects : la technologie, la géographie et les marchés. Diversification, urbanisation, développement régional et améliorations technologiques sont les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Turquie est, pour la région MENA, davantage une grande source d’inspiration pour le développement qu’un modèle absolu et immuable.</em></p>
<p><em>La diversification est un trait de caractère évident de la transformation économique turque. Elle repose sur trois aspects : la technologie, la géographie et les marchés.</em></p>
<p><em>Diversification, urbanisation, développement régional et améliorations technologiques sont les facteurs-clé de la transformation économique des pays MENA.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La Turquie a augmenté son influence économique et politique dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA, selon son sigle en anglais). En ce sens, dans quelle mesure peut-elle servir de modèle pour la transformation économique de la région MENA ? Son expérience reflète qu’il y a une chose à laquelle on ne peut pas échapper : la façon de s’intégrer au sein de l’économie mondiale est plus importante que l’intégration en soi. Ceci étant, la Turquie est un bon modèle pour les pays MENA, avec un certain nombre de précautions à prendre en considération.</p>
<p>L’année 2011 a été lourde en événements pour la Turquie et ses voisins.  Les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, en Syrie et dans d’autres pays arabes ont affaibli les anciens régimes, et il existe aujourd’hui une véritable opportunité pour créer des États plus démocratiques.</p>
<p>D’un point de vue politique et économique, la Turquie a toujours une forte influence. Les changements dans ses relations avec les pays MENA ne se limitent pas au seul aspect politique : il s’est produit une augmentation substantielle de ses relations commerciales. La participation des pays MENA aux exportations turques est passée de 13 % en l&#8217;an 2000, à 27 % en 2011. La Turquie est non seulement un important partenaire commercial pour les pays MENA, mais encore, avec Israël, l’une des deux puissances industrielles de la région. Il est intéressant de constater que les relations commerciales entre la Turquie et Israël ne se sont pas vues détériorées par les récents différends politiques. Après le traumatique incident du Mavi Marmara, le commerce bilatéral entre Israël et la Turquie a même augmenté de 30 %. Il semble que dans des pays où le secteur privé est le moteur de l’économie, le secteur des affaires n&#8217;est pas conditionné par les changements politiques.</p>
<p><strong>En quoi consiste le modèle économique turc ?</strong></p>
<p>Un retour en arrière d&#8217;environ 30 ans peut nous apporter la réponse. La transformation économique de la Turquie puise ses origines dans les années quatre-vingts, avec les réformes du président d&#8217;alors, Turgut Özal : la libéralisation commerciale, la réforme financière, des prix et la convertibilité des devises ont permis à la Turquie de s’intégrer effectivement dans l’économie mondiale et de devenir une puissance industrielle dans la région.</p>
<p>Il s’agit d’une différence importante entre les économies de la Turquie et des pays du MENA : beaucoup de ces derniers se trouvent, dans une certaine mesure, isolés du système économique mondial, ce qui les empêche de tirer parti des réseaux économiques, sociaux et politiques globaux. La première vague de réformes en Turquie, achevée en 2001 avec des mesures de privatisation, une discipline fiscale et monétaire, une politique prudente des banques et l&#8217;indépendance des autorités de régulation économique, a porté ses fruits : taux de croissance accélérés, diversification des marchés, urbanisation, développement régional et améliorations techniques. Tels sont les aspects fondamentaux de la transformation économique que les pays MENA devraient mettre en œuvre.</p>
<p>En 1980, la Turquie et les pays MENA représentaient seulement 23 % du PIB des USA. En 2010, la Turquie a réduit son écart pour représenter 30 % du PIB américain. Les pays MENA, cependant, ont rétrocédé : ils n&#8217;en atteignent que 18 %. L’effort de la Turquie avec la libéralisation a servi l’industrialisation du pays : alors qu’en 1980, l’exportation de produits manufacturés représentait seulement 27 % du total, en 2010, elle était de 82 %. En Égypte, par exemple, ces exportations ont diminué de 28 à 23 %.</p>
<p>Les données en matière d’éducation sont également intéressantes. Le taux d’inscription en éducation supérieure  est passé de 6 % en 1980 à 38% en 2010. L&#8217;Égypte cependant, malgré un plus fort taux que la Turquie en 1980, est passée de 11 % à seulement 28%, tandis que la Tunisie et l’Algérie sont passées de 3 à 34 et 31 %, respectivement.  La première vague de réformes explique, à mon avis, l’écart qui s’est creusé au cours des trois dernières décennies.<br />
La diversification est un trait de caractère évident de la transformation économique turque. Elle repose sur trois aspects : la technologie, la géographie et les marchés. Tous ces facteurs possèdent, également, un effet significatif sur la transformation sociale de la Turquie.</p>
<p>En premier lieu, au cours des 15 dernières années, la Turquie est parvenue à moderniser sa production technologique et à la faire passer d’un niveau faible à moyen. En 1996, la production à moyenne technologie dépassait à peine 20 %, alors que les secteurs à faible technologie dépassaient 55 %. En 2009, la production à faible et moyenne technologie représentait 40 % de la production totale. Ce développement a entraîné la sophistication des exportations, qui s&#8217;est traduite par de plus grands bénéfices et un accroissement du niveau de vie. Le défi suivant sera d’améliorer sa production à haute technologie : pour cela, elle aura besoin d’améliorer les transferts de technologie, la réglementation en matière de brevets et le développement de la R-D.</p>
<p>En second lieu, le pays a montré une diversification géographique marquée de sa production industrielle. L’ensemble de capacités de nombreuses provinces d’Anatolie s’est amélioré au cours des deux dernières décennies. En 2009, 24 villes étaient déjà parvenues à créer cinq entreprises ou plus se situant parmi les 1 000 premières entreprises industrielles de Turquie, distribuées dans l&#8217;ensemble du pays à l&#8217;exception de la zone Est. Les centres urbains sont déjà une réalité en Anatolie. Il y a 50 ans, seulement 30 % de la population vivait en zone urbaine, mais les migrations postérieures à 1960 ont porté ce chiffre à 75 %. Le défi consiste à faire en sorte que l’Est de la Turquie crée des entreprises susceptibles de faire partie des 1 000 plus grandes du pays.</p>
<p>En troisième lieu, la Turquie a vécu un profond changement de ses exportations par rapport à ses partenaires commerciaux au cours des 15 dernières années. La participation commerciale avec l’Europe, son partenaire principal, a progressivement diminué depuis 2007, surtout à cause de la crise. Cependant, l’augmentation de la participation commerciale avec le Moyen-Orient et l’Afrique a diminué le niveau de sophistication de ses exportations. Bien que la diversification des marchés puisse être considérée comme un développement souhaitable, le fait de se concentrer sur les marchés occidentaux où la demande de produits à haute technologie est plus grande, est essentiel pour une modernisation technologique.</p>
<p>Le principal catalyseur de la transformation économique turque a été l’amélioration de la connectivité. Les différences régionales se sont vues réduites par la construction d’autoroutes. L’utilisation d’Internet s’est accrue en peu de temps. L’accès à Internet des ménages est passé de 20 % en 2007 à 43 % en 2010. La réduction des coûts en information, communication et transport a favorisé le commerce, le transfert de technologie et, en définitive, le développement économique.</p>
<p><strong>Progresser dans le domaine des réformes</strong></p>
<p>Malgré tout, les pays MENA doivent prendre en considération un certain nombre d’exceptions . Le processus turc n’est pas encore terminé. Le pays représente un bon modèle pour les pays MENA prêts pour le changement, grâce aux similitudes culturelles et de croyences religieuses et aux statistiques économiques, mais une deuxième vague de réformes est nécessaire pour renforcer la première et progresser jusqu’au niveau suivant.</p>
<p>Si au cours de la première vague, le mode d’interaction est passé des directives gouvernementales aux règles du marché, cette seconde génération de réformes est davantage liée aux problèmes structurels qui empêchent une forte croissance du pays. Ces réformes doivent mettre l&#8217;accent sur l’encouragement des investissements et le bon climat d’entreprise, l’administration publique, le système fiscal, judiciaire, éducatif, le marché du travail et la santé. Un exemple : dans le dernier rapport de la Société financière internationale (IFC) de la Banque mondiale, la Turquie occupe la 65e position en tant que destination d&#8217;affaires, mais dans d’autres domaines, son ranking est beaucoup plus bas, comme dans celui des permis de construire (137 sur 183 pays), de la fermeture d’entreprises (115) ou du paiement d’impôts (75). Ces problèmes sont directement liés à l’administration publique. Les problèmes opérationnels du système juridique sont un autre facteur qui conditionne très négativement le climat des entreprises. De même, le système éducatif a besoin de réforme si l’on veut augmenter la disponibilité de main-d&#8217;œuvre qualifiée. Le critère à suivre ne doit pas être simplement d’augmenter le nombre d’établissements ou de salles de classe disponibles. Il faudra plutôt insister sur la formation professionnelle.</p>
<p>Si ces réformes sont mises en œuvre, la Turquie pourrait se rapprocher peu à peu des économies qui l&#8217;ont inspirée, comme les USA ou la Corée du Sud. En 1980, l’Égypte, la Turquie et la Corée du Sud avaient pratiquement le même niveau de revenus, mais aujourd&#8217;hui, alors que le niveau de revenu par habitant de la Turquie représente 30 % de celui des USA, celui de la Corée du Sud est de plus de 60 %.</p>
<p>La Turquie a achevé avec succès son processus d&#8217;intégration au sein de l&#8217;économie mondiale. C’est aujourd’hui le tour de la région MENA. Il y a néanmoins une chose à laquelle on ne peut pas échapper : la façon de s’intégrer au sein de l’économie mondiale est plus importante que l’intégration en soi. La Turquie a devant elle un processus encore plus intéressant et difficile. À l’instar de la Corée au cours des trois dernières décennies, le moment de la modernisation est venu. Une plus grande sophistication, une production à haute technologie, et une population plus qualifiée permettront au pays de gravir les échelons de l’économie mondiale. La Turquie est, pour la région MENA, davantage une grande source d’inspiration pour le développement qu’un modèle absolu et immuable. Les circonstances mondiales, en changement permanent, mais aussi la nature unique de chaque pays doivent conduire cette région à prendre exemple sur le processus de développement turc afin de l&#8217;adapter à ses propres conditions.</p>
<p>Toutefois, l&#8217;expérience turque, encore en cours, peut continuer de nous surprendre à l’issue de la seconde vague de réformes.</p>
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		<title>Trois victoires islamistes, et après ?</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 16:02:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous avons clos ce numéro juste un an après ce 17 décembre 2010, jour zéro de la révolution, lorsqu’ avec son sacrifice, le tunisien Mohammed Bouazizi ouvrait une ère de changement dans le monde arabe. Au cours de cette année, trois dictateurs ont été renversés en Tunisie, en Égypte et en Libye ; Oussama Ben [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous avons clos ce numéro juste un an après ce 17 décembre 2010, jour zéro de la révolution, lorsqu’ avec son sacrifice, le tunisien Mohammed Bouazizi ouvrait une ère de changement dans le monde arabe. Au cours de cette année, trois dictateurs ont été renversés en Tunisie, en Égypte et en Libye ; Oussama Ben Laden a été rayé de la carte et les États-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes d’Irak et d’Afghanistan. Trois événements qui ont bouleversé le schéma des relations internationales dominant après septembre 2001.</p>
<p>De plus, ces trois derniers mois, les trois pays révolutionnés ont débuté leurs processus de transition avec un degré de calme social plus ou moins grand, et les Tunisiens et les Égyptiens ont joui de leur nouvelle liberté en se rendant massivement aux urnes dans des élections qui, bien qu’avec la possibilité de certaines erreurs, représentent sans doute les élections les plus transparentes qui aient jamais eu lieu. Sans oublier les élections au Maroc, fruit de la réforme constitutionnelle approuvée en référendum, qui ont été propres selon tous les observateurs internationaux, mais qui n’ont pas enregistré une participation très élevée, bien qu’il se soit agi de la plus haute depuis l’arrivée au trône de Mohammed VI.</p>
<p>Trois mois et trois victoires islamistes, celle d’Ennahda en Tunisie, du Parti Justice et Développement au Maroc et la victoire partielle des Frères musulmans en Égypte, puisqu’il faut encore voir quels seront leurs résultats dans les phases suivantes du processus électoral en cours. Des victoires inévitables après des décennies de répression et d’opposition, d’avoir cultivé le terrain social et idéologique, d’avoir patiemment comblé les vides que les régimes autoritaires avaient accumulé dans la marginalité, l’exclusion, l’injustice et l’indignité.</p>
<p>L’heure des islamistes est arrivée, une fenêtre d’opportunités pour certains et un péage indispensable du pluralisme pour d’autres. Il est certain qu’ils devront faire face à l’inexpérience, à l’usure de la politique et avancer dans la culture du consensus et de la négociation, puisque, bien que vainqueurs, ils auront besoin de la complicité du reste des forces politiques et, s’ils sont audacieux, ils chercheront des alliés pour ne pas affronter en solitaire les multiples défis qui les attendent. Les restes de dogmatisme devront se transformer en pragmatisme.</p>
<p>Ils ont devant eux une mission ardue : construire un nouveau cadre politique, rédiger de nouvelles constitutions, réformer des institutions qui n’ont pas d’appui populaire, usées par des décennies de despotisme, et poser les piliers de sociétés dont les attentes sont très en-dessus des réussites à court et moyen terme.</p>
<p>Le potentiel de déception est élevé et même dangereux pour la stabilité de la région. Les nouveaux gouvernants devront répondre aux demandes socio-économiques qui s’accumulent après l’explosion des révoltes : chômage, redistribution de la richesse – avec ce que cela implique en perte de privilèges pour les élites économiques –, revitalisation du monde rural, réforme du secteur fiscal, redéfinition des politiques de subvention, revitalisation du secteur privé, captation d’investissements… Les nouveaux gouvernants devront formuler une politique économique qui, pour l’instant, semble avoir été la grande absente des programmes électoraux des partis islamistes.</p>
<p>Entretemps, certains sont excessivement préoccupés par la question de la religion et la sphère publique. Sans vouloir réduire son importance, il est vrai qu’elle ne devrait capitaliser ni le débat ni l’action des prochains mois.</p>
<p>Les nouveaux gouvernements islamistes auront-ils le temps d’imposer leur soi-disant agenda moral à la société ? Bien que cela puisse satisfaire certaines personnes et en décevoir d’autres, en aucun cas cela ne devrait avoir lieu au détriment d’une réponse aux demandes socio-économiques urgentes d’une population de plus en plus impatiente.</p>
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		<title>Le réveil arabe en chiffres : ‘the wakerisk’</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 15:19:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Eva Medina, professeur à l’Université autonome de Madrid et chercheuse au Master en Économie et relations internationales : géopolitique et géoéconomie-MERIGG de l’UAM ; Alejandro Lorca, Chaire Jean Monet et chercheur MERIGG. www.uam.es/merigg.es Même s’il a déterminé l’éclatement des révoltes, le moteur du réveil arabe ne doit pas être cherché dans le domaine économique, mais politique. Alors [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Eva Medina, professeur à l’Université autonome de Madrid et chercheuse au Master en Économie et relations internationales : géopolitique et géoéconomie-MERIGG de l’UAM ; Alejandro Lorca, Chaire Jean Monet et chercheur MERIGG. www.uam.es/merigg.es</em></p>
<p><strong>Même s’il a déterminé l’éclatement des révoltes, le moteur du réveil arabe ne doit pas être cherché dans le domaine économique, mais politique.</strong></p>
<p><strong>Alors que la crise est en train d’avoir un effet similaire sur les taux de chômage en général, les niveaux de pauvreté et l’inégalité sont pires dans les pays « sans révolution ».</strong></p>
<p><strong>Tous les pays partagent un point : la demande de changements en termes de liberté et de transparence pour que les gouvernants regagnent la confiance de leurs citoyens.</strong></p>
<p>Depuis le mois de décembre 2010, le monde arabe a dû faire face à des événements que la littérature spécialisée et la presse occidentale ont baptisés Printemps arabe, mais que les auteurs préfèrent appeler le réveil arabe, conformément au nom qui leur a été donné dans la région. Ces évènements se sont caractérisés par des désobéissances civiles ainsi que par des protestations de la citoyenneté qui exige des réformes à ses leaders politiques.<br />
Depuis le début, plusieurs opinions ont été publiées sur les facteurs ayant déchaîné le réveil arabe qui, sous ses différentes versions (protestations, révolte ou préguerre), s’est manifesté avec plus ou moins d’intensité selon les pays. Les régimes politiques dans le monde arabe sont très variés, et leurs histoires, économies et organisations sociales inégales. Et les résultats sont, jusqu’à ce jour, également différents. Il y aurait cependant un dénominateur commun qui justifierait le réveil arabe : un phénomène mené par une population jeune qui, dans un contexte de pauvreté, d’inflation du prix des aliments et de fort taux de chômage, se rebelle contre des leaders répressifs, dont la longue ancienneté au pouvoir a facilité l’accumulation de grandes fortunes par le truchement, dans bien des cas, de pratiques corrompes. Tout ceci, dans un monde où l’utilisation croissante d’Internet et des réseaux sociaux accélère le processus de contagion entre les pays.</p>
<p>Les conséquences de ce mouvement libertaire inquiètent les différents interlocuteurs de la scène internationale. Les nations où se produisent ces mouvements, en raison de l’instabilité économique et des déséquilibres politiques qu’ils peuvent générer ; les autres nations arabes où ceux-ci ne se sont pas encore propagés, en raison de la menace qu’ils représentent pour la stabilité de leurs gouvernements ; et la communauté internationale en général, pour leurs effets en termes de pression sur le prix de l’énergie, l’augmentation de la pression migratoire ou la radicalisation du terrorisme et des courants extrémistes musulmans.</p>
<p>Dans un tel contexte, cet article présente la construction de l’indicateur « wakerisk », qui permettra d’attribuer un score aux pays en fonction de leur exposition à ces épisodes.  Pour cette raison, et dans un premier temps, il sera nécessaire d’identifier le poids ou l’importance des facteurs déclenchant le réveil arabe sur le processus, ce qui permettra d’obtenir une pondération à partir de laquelle réaliser leur agrégation.</p>
<p>Le versant quantitatif de l’analyse nous oblige à utiliser des techniques mathématiques – une pratique peu courante dans l’analyse des relations internationales. Même s’il existe peu de revues et de centres de recherche ayant réalisé une telle tâche, les auteurs de ce travail en sont de fermes défenseurs (il s’agit de l’une des principales caractéristiques du Master en économie et relations internationales : géopolitique et géoéconomie de l’Université autonome de Madrid – MERIGG).</p>
<p>Au regard de cette polémique, les relations internationales se trouvent dans une situation similaire à celle des sciences économiques dans les années vingt. À cette époque, des données ont commencé à être saisies sur des variables économiques que l’on pensait être des facteurs importants vis-à-vis de certains événements économiques, mais ce n’est qu’à partir de la décennie suivante que John Maynard Keynes, dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie construisait le cadre conceptuel dans lequel ces variables interagissaient. C’est l&#8217;apparition de la Société d’économétrie, et les travaux de la Cowles Commission dans les années trente, qui ouvriraient alors la voie de l’emploi généralisé des mathématiques en tant que langage d&#8217;analyse de l’économie. Depuis les dernières décennies, les relations internationales traversent une situation similaire. L’utilisation de techniques formalisées est aujourd’hui possible en raison de l’apparition périodique de données sociales et politiques permettant la quantification de variables importantes dans les relations internationales. Il existe une foule de données officielles et non oficielles, recueillies par des fondations et centres d’études privés et publics, qui se multiplieront vraisemblablement à l’avenir. Dans le domaine des relations internationales, « le Keynes » nécessaire à la construction du cadre théorique au sein duquel évoluent et interagissent les variables n’est pas encore apparu, mais nous sommes certains qu’il le fera un jour.</p>
<p><strong>Déclenchants du réveil arabe</strong><br />
Le réveil arabe ne s’est pas manifesté de la même manière ni avec la même intensité dans les différents pays de la région. Même si tous ces pays partagent des caractéristiques communes favorisant l’apparition de ces révoltes, la première question que nous nous posons est : pourquoi ne se sont-ils pas produits de façon plus généralisée ?</p>
<p>Nous pouvons distinguer clairement deux groupes de pays. Ceux où les protestations ont été plus intenses, que nous désignerons comme des pays « en révolution », parmi lesquels se trouvent le Bahreïn, l’Égypte, la Libye, la Syrie, la Tunisie et le Yémen ; et les autres, qui rassemblent les pays dits « sans révolution ». Il est probable que le comportement des facteurs déclenchant le processus n’ait pas été le même dans les deux groupes, c’est pourquoi la comparaison entre les deux permettra d&#8217;identifier les traits de caractère que partagent les pays « en révolution » et ceux qui les différencient des pays « sans révolution ».</p>
<p>Dans une base de données de près de 50 variables correspondant à plus de 170 pays, nous avons agrégé les informations de départ en employant la technique statistique des composantes principales, pour obtenir 11 facteurs (graphique 1) qui mesurent, sur une échelle de 0 à 10, ce que la littérature spécialisée en la matière définit comme les déclenchants du réveil arabe. Il semble logique de penser, par exemple, que si le chômage est l’un des facteurs déclenchants des révoltes, les pays dans lesquels celles-ci se sont manifestées avec une plus grande intensité possèdent un score plus élevé que les autres, vis-à-vis de cette variable. De même, si ce facteur montrait des scores similaires dans les deux groupes, il ne s’agirait pas d’un facteur explicatif du réveil arabe, puisqu’un même niveau de chômage n’aurait pas produit un effet semblable dans tous les pays.</p>
<p>Pour détecter si les valeurs moyennes des facteurs sont significativement différentes dans les deux groupes, il a été réalisé une analyse de la variance (ANOVA) qui permet de comparer l’hypothèse de l’égalité des moyennes sur les valeurs des indicateurs des deux groupes. Le rejet de cette hypothèse permettra d’identifier les variables qui enregistrent un comportement différent dans les pays les plus instables et qui possèdent ainsi une plus grande importance en tant que facteurs déclenchants des protestations.</p>
<p>Les résultats révèlent que tous les facteurs déclenchant le réveil arabe identifiés d’un point de vue théorique n’ont pas eu la même importance dans le développement du phénomène. Ainsi, seules des différences statistiquement significatives ont été trouvées entre les moyennes des deux groupes pour les facteurs liés à l’absence de libertés démocratiques, le nombre d’années au pouvoir et la corruption. Même si la différence des moyennes dans les domaines de l’éducation et de la pauvreté peut sembler élevée, la grande dispersion des données explique que cet écart n’est pas statistiquement significatif. Pour les autres variables – inégalité des revenus, absence de gouvernance, utilisation des technologies de l’information, pourcentage des dépenses alimentaires dans le budget des ménages, chômage et âge moyen de la population – les différences de moyennes n’étaient pas très élevées et n’étaient donc pas considérées comme significatives, d’un point de vue statistique.</p>
<p>Ainsi, les pays « en révolution » se caractérisent par des gouvernements au pouvoir depuis de nombreuses années, avec une forte corruption et des libertés démocratiques restreintes. En ce qui concerne les facteurs démographiques, il n’y a pas de grandes différences : dans les deux groupes, le poids de la population jeune est similaire, tout comme les niveaux éducatifs. Même si a priori, l’on pourrait penser que l’éducation est légèrement supérieure dans les pays « en révolution », comme il a déjà été indiqué, ces écarts n’étaient pas significatifs d’un point de vue statistique. En ce qui concerne les facteurs économiques, les valeurs enregistrées sont également très similaires dans les deux groupes, voire légèrement inférieures dans les pays n’ayant montré aucune protestation. Ainsi, alors que la crise économique actuelle est en train d’avoir un effet similaire sur les taux de chômage des deux groupes, les niveaux de pauvreté et l’inégalité des revenus sont même pires dans les pays « sans révolution », ce qui limite l’importance de ce facteur en tant que déclenchant du processus.</p>
<p>À partir de ces résultats, il est possible de conclure que le moteur du réveil arabe ne doit pas être cherché dans le domaine économique, mais politique. Il ne fait aucun doute que les aspects économiques sont présents chez les jeunes de la place Tahrir, et que ce sont eux qui ont déterminé l’éclatement des révoltes. Dans un contexte de pauvreté, où les fortes hausses des prix alimentaires se sont accompagnées d’une croissance rapide du chômage, surtout chez les jeunes, il s’est créé une masse de mécontentement ayant alimenté les révoltes. Néanmoins, même si le contexte économique général au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a été similaire, la réponse n’a pas été la même dans tous les pays : les révoltes les plus violentes ont été enregistrées, non pas dans les pays connaissant les pires conditions économiques, mais dans ceux jouissant de moins de libertés et souffrant davantage de la corruption. Ce sont donc les aspects politiques qui constituent la motivation prédominante : ce que demande le réveil arabe à ses gouvernants, c’est à la fois transparence et liberté.</p>
<p><strong>Quelle position occupe chaque pays ?</strong><br />
Si nous focalisons l’analyse sur les facteurs ayant le plus grand pouvoir explicatif du réveil arabe, nous pouvons classer les 16 pays analysés en quatre cadrans (graphique 2). L’axe horizontal mesure l’absence de libertés démocratiques, une variable qui augmente de gauche à droite, tandis que l’axe vertical mesure le niveau de corruption, qui croît de bas en haut : cela signifie que le cadran supérieur droit contient les pays les plus corrompus et subissant les plus grandes carences en matière de libertés démocratiques.</p>
<p>La première conclusion est la forte relation entre l’absence de libertés civiles et la corruption : les pays ayant les gouvernements les plus répressifs sont également ceux qui enregistrent les plus hauts niveaux de corruption (cadran « A »). Trois des six pays « en révolution » sont situés dans ce cadran (Yémen, Libye et Syrie) – des pays où la violence persiste au moment où nous rédigeons cet article, et frôle même la guerre civile. Tous ces pays partagent un trait de caractère, jusqu’alors non inclus dans l’analyse, car difficilement mesurable : l’existence d’un affrontement entre plusieurs factions. Dans le cas du Yémen et de la Libye, l’affrontement se produit entre tribus, mais en Syrie, c’est un problème de factions religieuses.</p>
<p>Les trois autres pays où des protestations ont également été enregistrées – l’Égypte, la Tunisie et le Bahreïn – sont plus proches de l’origine des coordonnées. Il s’agit de pays qui ont souffert un réveil arabe intense, bien que bref, qui dans le cas de l’Égypte s’est soldé par la prise du pouvoir par l’armée et, dans celui du Bahreïn, par l’intervention de l’Arabie saoudite. Ce sont des pays où l’armée joue en outre un rôle important : en Égypte et en Tunisie, celle-ci s’est imposée avec la promesse, pour certains douteuse, d’un changement vers un gouvernement de libertés et de transparence.<br />
À l’intérieur du cadran « A » de plus haut risque se trouvent également deux pays, l’Arabie saoudite et le Soudan, où aucune révolte violente n’a été enregistrée. Dans le cas de l’Arabie saoudite, deux facteurs éviteraient l’apparition de la violence : d’une part, la capacité financière pour « acheter les protestations » grâce aux revenus du pétrole ; et d’autre part, un facteur religieux qui agit comme stabilisateur, à savoir le wahhabisme et sa structure de pouvoir à travers les mosquées. Le Soudan est également un pays à haut risque, aggravé par l’affrontement Nord-Sud. Bien que cette lutte ait fini par diviser, au mois de juillet dernier, le pays en Soudan et Soudan du Sud, le risque persiste en raison du conflit pour une zone pétrolière.</p>
<p>Le cadran « B » contient les pays à forte corruption, mais ayant plus de libertés que les pays du cadran « A ». On y trouve le Liban, l’Algérie et le Maroc, où les gouvernements ont mis en marche plusieurs réformes, surtout au Maroc, mais dont l’effet apaisant sur les révoltes reste à voir. Alors qu’en Algérie, le gouvernement pourra « acheter pendant un certain temps les protestations », le gouvernement marocain n’a pas la capacité financière de le faire et devra avancer dans ses réformes, par exemple dans le domaine de la décentralisation du pouvoir, aujourd&#8217;hui aux mains du « Palais ».</p>
<p>Le cadran « C » contient les pays montrant la meilleure situation, à savoir jouissant davantage de libertés et d’une moindre corruption, et se trouvant donc loin d’un réveil arabe violent. Quoi qu’il en soit, dans un avenir proche, « l’effet contagion » pourrait envenimer la situation.</p>
<p><strong>L’indicateur « wakerisk »</strong><br />
Une fois identifiés  les facteurs explicatifs du réveil arabe, il est possible de construire un indicateur qui, octroyant un score par pays, quantifie l’exposition au risque de chacun d’eux. Pour cela il a été réalisé une analyse en composantes principales ayant permis de construire l&#8217;indicateur « wakerisk » qui rassemble 83 % de l’information apportée par chaque facteur de façon individuelle. Les résultats de cette analyse sont détaillés au Tableau 1, où les pays sont classés par ordre décroissant de risque.</p>
<p>Les pays montrant le plus fort « wakerisk » sont le Yémen (10), la Libye (9,6) et la Syrie (9,3), où la violence dans les rues les rapproche vers, ou a terminé, en une guerre civile. Dans le cas de la Tunisie (7,0) et de l’Égypte (7,2), où le réveil arabe, bien qu’intense, a été bref et a donné lieu à un processus de transition relativement rapide, le « wakerisk » montre des valeurs plus faibles. Comme déjà souligné plus haut, il s’agit de pays où le déroulement du réveil arabe pourrait être interprété comme un « putsch camouflé ».  Entre les deux groupes, et donc montrant des valeurs élevées de « wakerisk », se trouvent des pays qui n’ont pas, pour l’instant, connu de réveil arabe. Il s’agit de l’Arabie saoudite, du Soudan, de l’Algérie et du Maroc. Le plus inquiétant est l’Arabie saoudite, compte tenu de son rôle essentiel dans l&#8217;offre du marché pétrolier. Toute interruption de sa production déclencherait un holocauste pétrolier. D’autre part, le fait d’être un producteur de pétrole, comme l’Algérie et le Soudan du Sud, génère une capacité financière suffisante pour maintenir une politique de subventions, une façon « d’acheter les désobéissances civiles » fréquente dans le monde arabe. Les pays ayant le moindre « wakerisk » sont le Qatar (4,9) la Jordanie (5,6), le Koweït (5,9), Oman (6,1) et les Émirats arabes unis (6,3).</p>
<p>Le panorama, nous l’avons vu, est très différent selon les pays. Chez certains, le « réveil » est devenu « pratiquement une guerre civile », où les dirigeants s’accrochent au pouvoir. Chez d’autres, où le « réveil » quoique violent a été bref, il est prévisible que la transition, qui est apparue avec une certaine rapidité, ne s’étende sur une période de longue durée. Il existe, en outre, un groupe de pays dans lesquels le risque d’un « réveil » est élevé, ce qui nous conduit, compte tenu de leur importance stratégique dans l’économie mondiale, à surveiller attentivement leur évolution. Néanmoins, tous les cas possèdent un point commun : la demande de changements en termes de liberté et de transparence, pour que les gouvernants puissent regagner la confiance de leurs citoyens.</p>
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		<title>La Palestine, Israël et l’Égypte après le Réveil arabe</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 15:02:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articulos]]></category>

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		<description><![CDATA[Les changements dans le monde arabe supposent un stimulant pour les Palestiniens, de même qu’ils ont fait surgir un mouvement de protestations en Israël. Le Mouvement du 15 Mars, dont le nom provient des manifestations qui ont eu lieu ce jour-là en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza pour exiger un accord entre le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les changements dans le monde arabe supposent un stimulant pour les Palestiniens, de même qu’ils ont fait surgir un mouvement de protestations en Israël.</strong></p>
<p>Le Mouvement du 15 Mars, dont le nom provient des manifestations qui ont eu lieu ce jour-là en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza pour exiger un accord entre le Fatah et le Hamas, est la plus claire expression palestinienne du Réveil arabe de 2010 et 2011. Le lendemain, le leader du Fatah, le président de l’Autorité nationale palestinienne (ANP), Mahmoud Abbas, annonçait sa volonté de se rendre à Gaza afin de maintenir des conversations avec le Hamas, pour arriver à un accord. Le 4 mai, un pacte de réconciliation fut signé au Caire.</p>
<p>La mise en pratique de l’accord entre le Hamas et leFatah est paralysé car Abbas insiste sur le maintien de Salam Fayyad en tant que premier ministre de l’ANP. Le Hamas croit que Fayyad est trop assujetti à Israël et Occident. Abbas considère que la crédibilité internationale de Fayyad, qui a obtenu son doctorat d’Économie à l’Université du Texas, et présente une expérience professionnelle dans la Banque de la Réserve fédérale de Saint Louis et  le Fond monétaire international (FMI), et depuis 2007 a réussi à créer une économie approuvée par le FMI et la Banque mondiale en Cisjordanie, augmente la viabilité de son plan pour demander l’admission de la Palestine en tant qu’État membre de l’ONU en septembre. De ce fait, Abbas a adopté la stratégie de Fayyad d’établir un État palestinien de facto en créant des institutions qui promeuvent la sécurité, la bonne gouvernance et une économie de libre marché.</p>
<p><strong>Changement dans l’équilibre de forces régional</strong><br />
Bien que son application se trouve au point mort, l’accord entre le Hamas et le Fatah est un des multiples indices d’une modeste, bien que significative, réorientation de la politique étrangère égyptienne depuis la destitution de Hosni Moubarak. Le régime de Moubarak était, parmi les pays arabes, celui qui appuyait le plus Abbas et son parti, Al Fatah. Le précédent patron de l’intelligence militaire, Omar Souleiman, a tenté de faire pression sur le Hamas pour qu’il signe un accord favorable à le Fatah. L’Égypte a aussi ouvert le poste-frontière de Rafah vers la Bande de Gaza, bien que de façon irrégulière et avec des restrictions qui confinent indéfiniment de nombreux habitants de Gaza dans leur prison en plein air.</p>
<p>En février, deux navires de guerre iraniens traversèrent le Canal de Suez, les premiers depuis 1979. La réaction israélienne d’indignation fut en consonance avec leur campagne d’incitation à l’hystérie mondiale anti-iranienne. En avril, l’Égypte annonça sa volonté de reprendre les relations diplomatiques avec l’Iran. Ces mesures symboliques changèrent légèrement l’équilibre de forces régional, ce que le gouvernement israélien d’extrême droite de Benyamin Netanyahou trouve intolérable.</p>
<p>La révélation des Rapports sur la Palestine par Al Jazira a confirmé que les négociateurs de l’ANP, soumis aux pressions des États-Unis, offrirent au gouvernement de l’ancien premier ministre, Ehoud Olmert, des concessions qui allaient bien au-delà du consensus national palestinien. Cependant, elles ne furent pas suffisantes pour arriver à un accord. Pour cette raison, en plus des pressions régionales arabes et palestiniennes, Abbas tenta de se réconcilier avec le Hamas puisqu’il ne pouvait pas arriver à un accord de paix négocié avec des conditions qu’aucun Palestinien n’accepterait.</p>
<p>Le rôle d’Al Jazira met en relief la réaffirmation d’une dimension panarabe dans la politique du Proche-Orient. Le nouveau panarabisme trouve son origine dans des réalités culturelles, historiques et contemporaines dont la plus importante est une langue arabe standard commune (fusha). Ceci permet que les chaînes de télévision par satellite panarabes offrent à des dizaines de millions de foyers arabes des nouvelles sur les très haïes politiques occidentales en Palestine, en Irak et en Afghanistan. Le nouveau panarabisme n’est ni politiquement uni, ni tente de l’être, à la différence des années cinquante et soixante. La télévision par satellite transmet le message des « nouveaux prédicateurs » de l’islam sunnite, dont les plus populaires sont l’égyptien Amr Khaled, en grande mesure apolitique, et le charismatique leader du parti du Hezbollah au Liban, Hassan Nasrallah.</p>
<p>Le Mouvement du 15 Mars et plusieurs comités populaires de Cisjordanie convoquèrent une manifestation au poste de contrôle de Qalandia, entre Jérusalem et Ramallah, le 15 mai, jour de l’anniversaire de la création de l’État d’Israël ou Jour de la Nakba (catastrophe). Lorsqu’environ 1 000 manifestants approchèrent du poste de contrôle, les soldats israéliens tirèrent de nombreuses salves de gaz lacrymogènes. Près d’une centaine de personnes furent blessées du fait de leur inhalation et de l’impact des balles de métal recouvertes de caoutchouc. Plusieurs manifestations eurent lieu ce même jour à Jérusalem Est, à Hébron et en Al Walaja, un village de la périphérie sud de Jérusalem, dont les terres (mais non les habitants) sont en voie d’être annexées par Israël.</p>
<p>L’armée israélienne, surprise par les manifestations du Jour de la Nakba, où les Palestiniens tentèrent de traverser la frontière pour « retourner » de la Bande de Gaza, de la Syrie et du Liban, répondit de façon particulièrement brutale. Au moins 15 personnes furent tuées. Le Conseil suprême des forces armées qui gouverne l’Égypte empêcha les manifestants d’atteindre le poste-frontière de Rafah, sous prétexte que la réorientation de la politique étrangère égyptienne couperait à la racine tout affrontement direct avec Israël.</p>
<p>Les manifestations palestiniennes pacifiques organisées par des comités populaires dans les villages, où ont participé des centaines de jeunes pour la plupart israéliens, ne sont pas une conséquence du Réveil arabe, bien qu’il les ait encouragées. La lutte populaire où hommes et femmes palestiniens de tous les âges participent, à la différence de la lutte armée, a été la stratégie principale de la campagne contre le mur de séparation, dont 85 % se trouve à l’intérieur de la Ligne Verte, qu’Israël construit depuis juin 2002. En 2004, la Cour Internationale de Justice rapportait que « la construction du mur et son régime associé (confiscations de terres, colonies) étaient contraires au droit international ». Israël a rendu quelques terres confisquées à Budrus, Bil’in et plusieurs villages à l&#8217;ouest de Jérusalem. Mais le mur, bien qu’inachevé, est toujours sur pied.</p>
<p>Le 15 juillet, 2 500 Israéliens et Palestiniens se sont manifestés à Jérusalem pour appuyer la campagne qui promeut l’entrée de la Palestine dans l’ONU. La manifestation, qui partait de la Porte de Jaffa jusqu’à Sheikh Jarrah, s’est déroulée dans sa totalité à Jérusalem Est. Ceci et le fait que les organisateurs aient interdit les drapeaux israéliens, que le « camp pacifiste » sioniste exhibe traditionnellement pour souligner leurs principes patriotiques, prêtèrent un goût arabe à l’événement. Cependant, pas plus de 10 % ou 15 % des participants n’étaient Palestiniens (habitants des quartiers de Jérusalem Est de Silwan, Isawiyya et Sheikh Jarrah, ainsi que des citoyens israéliens palestiniens de Jaffa, Ramla, Taybe, entre autres lieux). La manifestation fut organisée conjointement par des comités populaires palestiniens, des associations de voisins de Jérusalem, et Solidarité, une organisation relativement nouvelle surgie de la lutte des Palestiniens, des Israéliens et des organisations internationales pour éviter que les colons juifs ne délogent des familles palestiniennes de Sheikh Jarrah en 2009.</p>
<p>Vingt-huit familles palestiniennes, avec la collaboration du gouvernement de la Jordanie et de l’ONU, renoncèrent à leur condition de réfugiés en échange de logements à Sheikh Jarrah. Après qu’Israël occupât Jérusalem Est en 1967, les tribunaux israéliens donnèrent suite aux plaintes des organisations juives qui affirmaient que leurs actes de propriété ottomans du XIXème siècle, à la douteuse authenticité, établissaient que les logements étaient de leur propriété. Les lois israéliennes empêchent les Palestiniens de réclamer la propriété de leur anciennes possessions en Israël, même s’ils présentent des actes de propriété valides.</p>
<p>Solidarité inclut des citoyens israéliens aussi bien juifs que palestiniens et elle travaille en étroite relation avec des associations de voisins du Jérusalem Est arabe. La manifestation du 15 juillet, une des plus importantes à Jérusalem ces derniers temps, fut considérée comme un succès par les organisateurs et les participants. Les membres de Solidarité espèrent que l’action conjointe continue et ils sont préparés à suivre l’exemple du Mouvement du 15 Mars dans l’organisation d’une action populaire parallèle à la demande d’entrée dans l’ONU, présentée par l’ANP. Mais le Mouvement du 15 Mars est un phénomène nouveau et sa jeune direction n’a pas encore un programme ou une stratégie clairs. De plus, sa base se trouve parmi les jeunes cosmopolites de Ramallah, dont les points de vue et les expériences vitales sont très différents de ceux de la majorité des habitants de Cisjordanie.</p>
<p><strong>L’Égypte et Israël : modèles néolibéraux</strong><br />
Le Réveil arabe peut avoir un impact surprenant, bien qu’indirect, sur la politique israélienne. Le 14 juillet, un grand nombre de jeunes israéliens montèrent des tentes de campagne tout au long du boulevard Rothschild, la rue la plus moderne du centre de Tel-Aviv, pour protester contre le coût élevé du logement. Les prix ont augmenté de 20 % par rapport à l’année dernière. Même un petit appartement à Tel-Aviv est loin d’être à la portée de la plupart des jeunes et les loyers sont exorbitants. Le campement sur le boulevard Rothschild éveilla l’imagination des jeunes israéliens. Les jours suivants, des actions semblables se produisirent dans une demi-douzaine de villes, de Kiryat Shmona, au Nord, jusqu’à Beersheba, au Sud.</p>
<p>Le 23 juillet, des dizaines de milliers de personnes participèrent dans une marche avec des flambeaux, très combative à Tel-Aviv. Les manifestants criaient : « Logements décents, prix raisonnables », « Le pouvoir aux citoyens » et « Cette génération exige des logements ». Certains demandaient la démission du premier ministre Netanyahou. Il s’agissait d’exigences semblables à celles demandées à leurs leaders par les Arabes au cours de 2011. Les jours suivants, des manifestations et des sit-in exigeant une « justice sociale » – une consigne remarquée de la place Tahrir au Caire – se produisirent à Jérusalem et dans d’autres villes.</p>
<p>Au cours de la première semaine des protestations, l’un des manifestants du boulevard Rothschild déclarait à un journaliste de la radio israélienne Cannel 2 : « Nous devons faire ce qu’ils ont fait en Égypte. Yalla, tahrir, jihad ». Le fait qu’un Israélien de classe moyenne suggère, même si ce n’était qu’un excès de rhétorique, que ce mouvement avait quelque chose à apprendre d’un phénomène politique arabe est stupéfiant et sans précédents, pour ne pas parler de l’usage du mot, extrêmement provocateur, jihad.</p>
<p>La place Tahrir est occupée depuis le 8 juillet et le boulevard Rothschild depuis le 14 juillet. Les manifestants des deux villes ont quelque chose en commun, bien que cela soit éclipsé par le conflit arabo-israélien. En Égypte, de même qu’au Maroc, en Tunisie et en Jordanie, le Réveil arabe est en partie une rébellion contre le modèle de développement néolibéral, bien que cela  soit rarement entendu. De façon semblable, la crise du logement en Israël est un symptôme des politiques néolibérales, en particulier la diminution du taux d’intérêt, qui est passé de 4 % en août 2008 à 0,5 % pendant la période d’avril à août 2009,  en réponse à la récession économique provoquée par la crise financière mondiale. Le manque de régulation et les réductions des taux d’intérêts pour stimuler les investissements – politiques néolibérales typiques – produisirent une bulle spéculative.</p>
<p>Tous les gouvernements israéliens depuis 1985, le régime de Moubarak depuis 1991 et l’ANP depuis 2007, ont adopté des politiques économiques néolibérales promues par les USA, le FMI et la BM. L’Égypte et Israël sont considérés comme un succès selon les critères néolibéraux. Leurs économies, ainsi que celle de la Cisjordanie, ont expérimenté une croissance considérable depuis la moitié des années 2000.</p>
<p>Mais la croissance n’a pas réduit significativement l’indice de pauvreté  qui atteint 20 % en Égypte et 25 % en Palestine (18,3 % en Cisjordanie et 38 % à Gaza), et n’a pas non plus modéré le fossé, de plus en plus grand qui sépare les plus riches des plus pauvres. La pauvreté en Égypte et en Palestine n’est pas une nouveauté. Mais on connaît moins qu’en Israël plus d’un tiers de la main d’œuvre gagne le salaire minimum, 4 100 shekels (environ 833 euros) par mois, et près d’un quart de la population (pour la plupart des citoyens arabes et juifs ultra-orthodoxes) vit en-dessous du seuil de pauvreté. 40 % des pauvres ont un emploi.</p>
<p>De même qu’aux USA, la capitale du néolibéralisme, en Égypte, en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés, la richesse est très concentrée. Selon les statistiques les plus récentes du CIA World Factbook, l’indice Gini d’inégalité (sur une échelle de 0 à 100, à plus grand nombre, plus grande inégalité) était de 45,2 aux USA, 39,2 en Israël et 34,4 en Égypte. Les revenus moyens des 10 % de la population la plus riche des USA représentent 15,9 fois ceux des 10 % les plus pauvres, 13,4 fois en Israël et huit en Égypte. Il n’y a pas de statistiques disponibles pour la Palestine depuis que Fayyad a adopté la stratégie néolibérale. Mais Ramallah exhibe de façon flagrante une concentration d’investissements de capital luxe sans comparaison ailleurs en Cisjordanie ou à Gaza. L’Égypte présente moins d’inégalité que les autres « stars » régionales arabes du FMI, la Jordanie, la Tunisie et le Maroc. Les USA et Israël se trouvent parmi les économies développées présentant la plus grande inégalité.</p>
<p>Malheureusement, les origines communes de leur grave situation économique n’uniront pas les peuples d’Israël, d’Égypte et de la Palestine. La majorité des Égyptiens rejettent l’idée selon laquelle ils ont quelque chose en commun avec les Israéliens. Il est possible que, bien qu’ils se montrent réticents à l’admettre, la grande majorité des Israéliens qui occupent le boulevard Rothschild sachent que le coût excessif du projet des colonies subventionnées par le gouvernement en Cisjordanie et à Jérusalem Est aggrave leurs problèmes économiques. Et ils n’envisagent pas la possibilité de demander une diminution du budget militaire car, comme de nombreux Israéliens, ils croient que leur existence est éternellement menacée. Par conséquent, une éternité peut s’écouler avant qu’ils n’arrivent à convaincre, ou qu’ils n’obligent un nombre significatif d’Israéliens à abandonner leur projet de colonies, et à partager la terre entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée avec les Palestiniens sur une base d’égalité. Il est plus probable que les Palestiniens, en particulier les citoyens arabes qui constituent 20 % de la population israélienne, se rendent compte du fait que leur avenir est lié à celui des Juifs israéliens, quelle que soit la forme politique que celui-ci puisse adopter.</p>
<p>La tentative de l’ANP de devenir  membre de l’ONU est basée en grande mesure sur la fructueuse gestion de Fayyad d’un resurgissement économique néolibéral très limité et géographiquement circonscrit. Ce projet est populaire, surtout dans le nord de la Cisjordanie, car il a amélioré la sécurité et les infrastructures et il a créé des emplois, bien que concentré de façon disproportionnée sur les nouvelles forces de sécurité connues comme la Brigade Dayton, d’après le nom de la première personne à les avoir formées, le général nord-américain Keith Dayton. Selon un sondage d’opinion effectué par téléphone entre avril et mai 2010, 82 % des Palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem Est et de Gaza croyaient que les politiques de Fayyad « profiteraient aux intérêts des Palestiniens » et 72 % pensaient qu’il « serait capable d’être le prochain président ». Cependant, 54 % croyaient que son plan pour obtenir la condition d’État à travers le développement économique ne serait pas couronné de succès.</p>
<p><strong>Al-Nabi Saleh, exemple de résistance</strong><br />
L’expansion incessante des colonies israéliennes est le principal obstacle pour que la Palestine devienne un État et elle a pratiquement démoli la solution de deux États. Le microcosme d’Al-Nabi Saleh, un village situé à environ 30 kilomètres au nord-ouest de Ramallah, est représentatif du processus. Depuis décembre 2009, le comité populaire d’Al-Nabi Saleh organise tous les vendredis des manifestations pour freiner l’expansion de la colonie de Halamish, qui n’est même pas autorisée par les autorités israéliennes. Les manifestations débutèrent après que les colons expropriassent une source sur les terres d’Al-Nabi Saleh. Au bout de plusieurs semaines, les colons de Halamish brulèrent 150 oliviers d’Al-Nabi Saleh près de la source.</p>
<p>Le mur de séparation ne passe pas à proximité d’Al-Nabi Saleh, et il ne s’agit donc pas d’un sujet urgent. Les objectifs directs des manifestations sont l’occupation et le projet des colonies. Selon un agent de sécurité palestinien à la retraite qui vit à Al-Nabi Saleh et qui a travaillé en coordination avec ses homologues israéliens, les autorités militaires israéliennes les considèrent comme un problème grave qu’ils doivent résoudre.</p>
<p>Tous les vendredis, l’armée israélienne assiège le village et le transforme en une zone militaire sans restrictions dans l’usage de gaz lacrymogènes, grenades incapacitantes, bombes fétides et balles métalliques recouvertes de caoutchouc. Plus de 120 habitants du village ont été hospitalisés, avec des blessures graves.</p>
<p>Les étudiants de l’Université de Bir Zeit et des jeunes de Ramallah, parmi lesquels des partisans du Mouvement du 15 Mars, se rendent souvent aux manifestations d’Al-Nabi Saleh. Lors de la manifestation du 22 juillet, plusieurs d’entre eux affirmèrent que la tentative de l’ANP pour devenir membre de l’ONU n’avait pas grande importance, aussi bien si elle arrivait à bon port que non. Une étudiante palestinienne d’une excellente université américaine qui passait ses vacances d’été à la maison, insistait catégoriquement : « Il s’agit d’un dernier essai désespéré d’une ANP illégitime ». Bien qu’elle reconnaisse que le Mouvement 15 Mars n’a pas une stratégie alternative, elle croit que les Palestiniens obtiendront des forces du Réveil arabe.   « Nous sentons que, maintenant, nous sommes appuyés », affirmait-elle.</p>
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		<title>Révolution du Proche-Orient, deuxième acte : l’ère constitutionnelle</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 14:51:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chibli Mallat, gardien des Deux Lieux Saints. Professeur invité d’Études légales islamiques, Faculté de droit de Harvard ; président de l’organisation Droit à la non-violence. Pour le débat sur la non-violence, voir « The Philosophy of the Middle East Revolution, Take One: Non violence », Middle East Law and Governance, 3 (2011), 136-47. Même s’il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Chibli Mallat, gardien des Deux Lieux Saints. Professeur invité d’Études légales islamiques, Faculté de droit de Harvard ; président de l’organisation Droit à la non-violence. Pour le débat sur la non-violence, voir « The Philosophy of the Middle East Revolution, Take One: Non violence », Middle East Law and Governance, 3 (2011), 136-47.</em></p>
<p><strong>Même s’il est tôt pour faire des conjectures sur la réussite de la transition, l’heure du débat constitutionnel est venue.</strong></p>
<p>Les processus constitutionnels représentent le fondement stratégique de la démocratie, et au Proche-Orient, ils offrent un avenir institutionnalisé à la non-violence, en tant qu’intense indicateur de la révolution en marche. La question est de savoir quand et comment parvenir à ce stade. Cet article traite du moment constitutionnel au milieu de la révolution au Proche-Orient.</p>
<p>Une précision importante : un processus constitutionnel ne représente pas forcément la seule voie à suivre pour un État. Alors qu’une constitution part de l’hypothèse d’un État aux frontières généralement définies et acceptées, à l&#8217;échelon national et international, cela n’est pas toujours le cas, et surtout au Proche-Orient. On pourrait concevoir la division en deux ou plusieurs États d’un territoire déterminé, de fait et de droit. La Somalie est le sempiternel exemple de fait d’État déchu, divisé en plusieurs territoires détruits de façon réitérée par la violence et l’instabilité. Le Soudan et le Soudan du Sud, deux États depuis 2011, représentent une sécession de droit reconnue et étayée par de puissants arguments, soutenus par un Nord discriminatoire, répressif et belliqueux sur une période de longues décennies. Les arguments en faveur de la sécession ne sont pas seulement valables au Soudan, et des raisons similaires agitent toujours l’Irak et d’autres pays. Les minorités poursuivies ont un motif de réclamation commun, qui est le besoin que l’État les protège contre la brutalité structurelle de la majorité. Le doute est cependant de savoir si la sécession est préférable à un changement de régime central.</p>
<p>Même si l’on comprend le souhait de ceux qui sont les victimes de couper les liens les retenant à un terrible régime central, les sécessions sont inquiétantes à de nombreux égards et constituent un courant dangereux pour trois raisons qui ont été clairement observées dans les Balkans en 1992, et qui menacent aujourd’hui la révolution au Proche-Orient : la sécession, qui est une recette pour le nettoyage ethnique, permet au dirigeant central de rester au pouvoir, et alimente la logique d’autres sécessions. La sécession officielle du Soudan conclue en 2011, a suivi ces trois logiques. Des gens sont toujours assassinés, aussi bien dans le Nord que dans le Sud, le dictateur du Nord, Omar Bashir, gouverne toujours d’une main de fer, et Darfour et Nouba semblent être les suivants sur la liste des prochaines sécessions.</p>
<p>Mais le Soudan n’est pas le seul, et le fantôme de la sécession hante le Yémen, où il existe des circonstances similaires. Et il ne s’agit pas là de la meilleure voie à suivre, ni au Yémen, ni nulle part ailleurs – y compris en Palestine. Un processus constitutionnel pour les Arabes et les Juifs en Israël est une meilleure alternative, plus juste et plus réaliste que la sécession de la Palestine, historique, en deux ou trois États.</p>
<p><strong>Le moment constitutionnel</strong><br />
Les constitutions – réformées ou totalement revues – sont des contrats sociaux qui rassemblent les attentes du peuple dans un texte qui impose l’esprit d’un nouveau régime construit sur les ruines de l’ancien. Mais les ruines ne sont jamais déblayées ; la révision et la rédaction de la Constitution est un processus complexe, et la réforme constitutionnelle est la première étape pour qu’une révolution arrive à bon port. Elle se déroule de façon naturelle dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, où le chef du régime précédent n’incarne plus le haut symbolisme de l’ordre antérieur qu’on lui attribuait en tant que dictateur. Et même si le dictateur a été renversé, le processus constitutionnel ne se déroule pas dans le vide. Selon la situation de l’opposition transformée en gouvernement et des expressions du régime antérieur qui survivent, il est inévitable que toute la société bouillonne autour des constitutions et de la réforme constitutionnelle. Avec le profond remodelage du contrat social, les nombreux prototypes et déclarations constitutionnels finissent par avoir moins de valeur que le papier et l’encre employés pour les rédiger. Dans une révolution populaire, d’innombrables documents et propositions sont produits ; néanmoins, la cristallisation d’une nouvelle constitution qui fonctionne est une autre paire de manches.</p>
<p>Pour compliquer plus encore la situation, le débat constitutionnel ne se limite pas aux pays dans lesquels le sine qua non, la chute du Pharaon, s’est produite. Les dictateurs qui se voient défiés invoquent toujours la constitution et le besoin de réforme en tant que voie à suivre pour recouvrer la paix sociale. Avant que ne soit proposée une réforme en réponse à un soulèvement populaire, la constitution prend la poussière sur une étagère, et ses attributs démocratiques sont réprimés avec des méthodes très perfectionnées : la manipulation des élections et des plébiscites, des législateurs de pacotille et une utilisation indue de la police et de l’appareil répresseur ; une déclaration de droits qui sont généralement des mots vides de contenu ; les clauses d’une constitution qui ne sont pas appliquées, comme si elle n’existaient pas. Alors que dans les pays démocratiques, il s’agit là d’une chose exceptionnelle, dans les pays autoritaires, en règle générale, les clauses qui protègent les droits des citoyens sont bafouées.</p>
<p>Les clauses découlant de la tradition populaire internationale sur les droits de l’homme, et plus encore dans le cas des chapitres de la constitution qui sont sensés protéger légalement le citoyen des abus du pouvoir étatique, sont effacées par une série d’applications d’urgence, de jugements militaires liés à la sûreté de l’État, et de lois procédurières et pénales sous-constitutionnelles qui empêchent la compensation des citoyens, voire même par la simple ignorance d’un quelconque article constitutionnel protégeant de tels droits. Ces pratiques – trop fréquentes – se sont nourries au cours de la seconde moitié du XXème siècle de l’autoritarisme militaire, monopartiste et dynastique dans bien des endroits, avec le Proche-Orient, toujours deux pas en retrait des avancées démocratiques et dans le domaine des droits de l’homme qui avaient été obtenues en Afrique noire, en Amérique latine et en Europe de l’Est. Au cours de la première décennie du XXIème siècle, la répression de la dissension s’est vue intensifiée par la restriction des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme, un concept rudimentaire qui, en définitive, consacre le pouvoir dans le domaine exécutif et fournit un instrument pratique, que les gouvernants du Proche-Orient emploient avec enthousiasme pour perfectionner la répression.</p>
<p><strong>Séparation de pouvoirs, une fausse déclaration</strong><br />
En ce qui concerne la séparation des pouvoirs, la trajectoire autoritaire entraîne invariablement une concentration des pouvoirs au niveau de l’exécutif. Les changements dans le pouvoir absolu d’un seul individu sont précisément de simples changements, qui englobent les sphères intimes, la famille, le monopartisme, la cour du roi et les courtisans du président. Indépendamment du groupe qui supporte le système au plus haut de l’échelle et toutes ses extensions hiérarchiques jusqu’au plus bas qui contrôle la rue, le noyau du pouvoir est maintenu fermement par un gouvernant, de sorte que la séparation des pouvoirs, consacrée dans toutes les constitutions du Proche-Orient, n&#8217;est autre qu&#8217;une fausse déclaration.<br />
Les parlements, quand ils existent, ne sont là que pour décorer. La législation est entièrement construite sur les caprices du leader. Le pouvoir judiciaire est faible, et même si de temps en temps, un juge héroïque secoue le système, il n’est pas compliqué pour celui-ci de rendre ses efforts totalement vains. Au moment où une grande agitation sociale remet en question les mécanismes constitutionnels latents, le premier stratagème du président ou du roi absolu, ainsi défié, est d’exprimer sa compréhension des « plaines légitimes du peuple » et sa disposition à convoquer des panels et commissions auxquels confier la réforme de la constitution.</p>
<p>Dans un discours de repentir déplorable, Zine el Abidine Ben Ali pensait que pour calmer la tension, il suffirait d’un grandiloquent et degaullien « Je vous ai compris ». Des expressions similaires peuvent être rencontrées dans tous les régimes autoritaires qui sont défiés et qui englobent toute la gamme prévisible au Proche-Orient. « Je comprends, nous avons besoin d’une réforme, et ma motivation est encore plus grande que la vôtre. Dialoguons sur le changement légal et constitutionnel ». Tel est le modèle facilement discernable d’un dictateur sur la défensive, qui essaye de gagner du temps face à la marée révolutionnaire, dans un effort pour la contenir et la faire tomber dans l’oubli.</p>
<p>Ni le leader tunisien ni son homologue égyptien n’ont eu le temps de mettre en œuvre le plan. Dans d’autres pays où le chef de l’État est capable de résister plus longtemps, la contrerévolution finit par être plus forte et se rallie au mantra de la réforme et du dialogue. Au cours des premiers mois de 2011, plusieurs pays acquéraient ainsi une forme institutionnelle, et parvenaient même à réaliser des amendements constitutionnels qui étaient ensuite rapidement soumis à un référendum. Dans de tels cas, la nouvelle constitution est principalement une réplique des textes léthargiques de l’ancien régime. La réforme ne remet pas en question le fond, qui est le pouvoir absolu du dirigeant.</p>
<p>Dans des pays gouvernés par un dictateur et ses descendants pendant des années, parler de revoir les lois fondamentales n’est pas une nouveauté. Il y a toujours un moment où le régime fait appel à la « réforme ». Lorsque celle-ci commence à acquérir un certain rythme, avec des rivaux remplis de bonnes intentions, on finit par leur faire un croche-pied, et beaucoup d’entre eux finissent derrière les barreaux. Ce modèle est également commun à l’ensemble du Proche-Orient. Pourquoi cette disposition du dictateur fugitif à aborder la réforme constitutionnelle ne se matérialise-t-elle pas ? Après tout, il exprime sa volonté de répondre au peuple et d’entamer un dialogue dans cette direction. Une raison évidente est le manque de confiance des adversaires qui ont appris la leçon, à coups de fausses promesses.</p>
<p>Une autre raison est la contradiction évidente entre l’ouverture et le refus d’accepter les résultats démocratiques promis. Les exemples s’échelonnent de Saddam Hussein, le 1er août 1991, aux tentatives d’Israël de rédiger une constitution au cours de la première décennie du nouveau siècle. Ce sont là deux modèles éloquents, qui soulignent le profond point mort où se trouve la société. En Israël, il représente l’échec absolu de la majorité juive pour installer la minorité non juive à l’intérieur des frontières de 1948 et la masse des Palestiniens au-delà de celles-ci. Dans le cas de Saddam, l’apparition d’un brouillon de constitution au cours de l’été 1991 ne saurait être interprété sans la considérable pression exercée par la population, après huit ans d’une guerre dévastatrice engagée par le dictateur contre l’Iran, et pendant laquelle la situation d’urgence était facilement légitimée par le conflit ouvert. Lorsque la guerre s’acheva en 1988, la justification de la dureté avec laquelle était traitée la population perdait de sa vigueur et le dirigeant iraquien répondit par un brouillon de constitution, dans lequel les pouvoirs absolus de la Constitution provisoire de 1970 semblaient être affaiblis.</p>
<p>Avec la brutalité typique qui caractérisait sa vie politique, Saddam était incapable de concevoir un quelconque type d’ouverture qui aurait pu donner un semblant de courage à ses proches ou à la population pour chercher davantage de pouvoir. L’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août 1991, soit un jour après l’annonce du brouillon de constitution, n’est autre qu’un acte symbolique. Au lieu de s’embarquer dans un semblant de réforme nationale, une guerre à l’étranger lui parut une façon plus sûre d’affirmer son régime absolu.</p>
<p>Cet exemple peut sembler extrême, compte tenu de la violence superlative du régime de Saddam, mais le modèle est profondément enraciné. À l’aube du nouveau siècle, des « réformes » semblables sont apparues dans toute la région, en commençant par le fameux Printemps de Damas en 2001, qui dura plusieurs mois jusqu’à ce que ses leaders furent renvoyés en prison. En 2003, l’émir de Bahreïn changea son titre de roi par celui de « monarque constitutionnel » et lança une invitation ouverte à Amnesty International pour qu’elle le conseille sur une réforme dans le domaine des droits de l’homme. Au bout de trois ans, on en était revenus à une situation pire qu’avant la « réforme », et la « monarchie constitutionnelle » dont se vantait le roi était devenue vide de sens démocratique.  En 2005, cédant à la pression dans les rues à la suite de l’effet de la révolution du Cèdre, le dictateur égyptien Hosni Moubarak approuvait un amendement à l’article 76 de la constitution, pour permettre des élections présidentielles compétitives. Lorsque son principal adversaire osa présenter sa candidature, il fut emprisonné pendant quatre ans.</p>
<p>Le manque de confiance dans un leader défié est un élément de la tragédie grecque qui trouve sa réponse dans l’appel à un changement constitutionnel, mais il s’agit difficilement de la seule explication. Il y a en jeu une logique plus omniprésente. Le dictateur qui se réveille lorsqu’un défi est lancé à son régime dans les rues s’engage dans une réforme constitutionnelle précisément à cause de la révolte populaire, et ce faisant, il confère une autorité morale à ceux qui le défient. Aussi bien les adversaires que les partisans savent que le dirigeant n’aurait pas réagi différemment, et c’est ainsi que commence le cycle mortel : une fois que le dictateur donne la sensation de céder devant la pression de la rue et entonne l’hymne de « le peuple a des revendications légitimes, dialoguons », la rue s’alimente de cette réussite pour s’enhardir, et des manifestations se produisent pour empêcher que les choses soient laissées pour le lendemain, d’où une augmentation de la pression. La propension naturelle du leader est alors de déployer l’appareil de la terreur contre les manifestants, et d’envoyer ses tueurs, la police secrète, puis avec le temps l’armée, pour réprimer les soulèvements de plus en plus nombreux.</p>
<p>Il est possible que cela fonctionne, comme à Bahreïn ou en Syrie au milieu de l’année 2011. Mais la peur s’est atténuée, en partie parce que le leader a reconnu que « le peuple a des revendications légitimes » et parce que les manifestations augmentent avec les victimes dont le sang alimente les protestations. La spirale des manifestations, des morts et des protestations augmente, tandis que l’exigence de véritables changements se renforce – à savoir, que le peuple ait le droit, en dernière instance, de choisir ses gouvernants. Il s’agit là d’une leçon de démocratie élémentaire, indiscutable. Et le dirigeant y répond en fermant la fenêtre du dialogue qui, en définitive, a donné bien peu de résultats, et en lançant un discours contre-révolutionnaire : la conspiration étrangère devient le pilier de la rhétorique réactionnaire, à laquelle s’ajoute l’accusation portée aux islamistes radicaux, dans une tentative de rejeter les critiques de l’étranger. En général, la rengaine de la conspiration étrangère est dirigée contre l’Occident, et en particulier contre les USA, avec un clin d’œil au soi-disant contrôle de la politique extérieure américaine par Israël.</p>
<p>La répression augmente et le mantra change légèrement, sans tenir compte des évidentes contradictions. Les régimes ont peur que l’Occident ne se retourne contre eux, et de leur point de vue, l’information généralement compréhensive des actualités et la position des organisations des droits de l’homme s’associent à celles des gouvernements occidentaux. Le discours du régime devient confus ; on parle d’une conspiration de l’Occident et d’Israël, mais aussi des islamistes, sans tenir compte de la contradiction que cela représente.</p>
<p>À ce stade, le principal problème est l’accélération de la logique de la répression. Le dictateur emploie plusieurs arguments : il exprime son souhait de voir de nouvelles lois sur la liberté d’information, sur les partis politiques, sur des élections parlementaires compétitives, et il se peut même qu’il indique sa disposition à ne pas prolonger ou renouveler son mandat. Entre le manque de confiance, la hardiesse de l’opposition et le déversement croissant de sang dans les rues contre des manifestations non violentes, plus rien ne semble fonctionner.</p>
<p><strong>Républiques et monarchies</strong><br />
Vient ensuite la logique du moment constitutionnel. La réforme constitutionnelle est à l’ordre du jour, partout, et l’on peut en entendre parler dans tous les pays du Proche-Orient. Il existe cependant une différence constitutionnelle qualitative entre le Bahreïn, le Maroc, la Jordanie, Oman et même le Koweït et les autres monarchies et émirats du Golfe, d’une part, et les républiques d’autre part (Tunisie, Algérie, Mauritanie, Égypte, Yémen et Syrie). La République islamique d’Iran, qui repose sur la théorie chiite de la tutelle du juriste, velayat-e-faqih, avec ses propres idiosyncrasies, a suivi les pas des républiques arabes. En 2009, le « leader suprême », dûment désigné, avait été investi d’un pouvoir absolu pendant 20 ans, ce qui transformait l’ancien système d’équilibre complexe entre les pouvoirs en une dictature religieuse à vie. Avec la fraude généralisée aux élections présidentielles, la Révolution Verte guida vers l’Iran la vague révolutionnaire du Proche-Orient qui naquit au Liban en 2005 et se propagea dans toute la région en 2011. La configuration nationale de chaque révolution en herbe est différente, mais la distinction entre monarchies et républiques configure un modèle discernable. La différence entre monarchies, émirs et sultans, d’une part, et présidents à vie sur fond dynastique (mis en pratique par la famille Assad en juin 2000) d’autre part, a de réelles conséquences.</p>
<p>Les révolutions dans les monarchies arabes tolèrent une vision d’avenir dans laquelle le chef d’État ne finit pas par être renversé. Quoi qu’il en soit, aussi enraciné soit le président dictatorial d’une république, la prémisse républicaine sous-jacente est un transfert de pouvoirs non dynastique. Ceci est bien évidemment différent dans une monarchie. Un monarque absolu, qui dans la pratique fonctionne comme un président dictatorial, ne peut jamais donner à entendre sa volonté de partir. En revanche, il peut abdiquer. Et si l’abdication est absolue, il est normal que ce qui suive soit une république. Il peut également abdiquer en faveur d’un de ses fils ou d’un frère. Tout ceci s’est déjà produit au XXème siècle, aux époques de crise, mais dans la révolution de 2011, il semble y avoir un nouvel élément, à savoir une porte ouverte sur une « monarchie constitutionnelle » qui ajoute une nuance importante. Oman, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Maroc, le Koweït et même les Émirats arabes unis ont connu des problèmes sans précédents avec la révolution au Proche-Orient. Dans les monarchies, les manifestations de rues et les écrits des dissidents ont, en général, été insuffisants dans leurs exigences de destituer le monarque.</p>
<p>En général, les différentes réponses des gouvernants absolus du Proche-Orient font partie d’une panoplie qui semble être une tentative inutile de répondre au message central de la révolution : la dictature doit prendre fin, et le pouvoir exécutif du gouvernant n’existe plus. Le débat sur la réforme constitutionnelle, lorsqu’il est tenu dans le contexte d’un dictateur qui n’est pas disposé à abandonner le pouvoir de façon immédiate, est profondément biaisé parce qu’il part de l’hypothèse d’une ligne de division de légitimité fondée sur un axe binaire : le gouvernant est décidé à conserver le pouvoir, la révolution est décidée à mettre fin à son régime.</p>
<p>Par conséquent, le système constitutionnel de la révolution de 2011 au Proche-Orient est alourdi d’un scénario complexe dans lequel le véritable changement constitutionnel repose, en dernière instance, sur la fin du régime du dictateur, qu’il s’agisse d’un monarque ou d’un président. La Tunisie et l’Égypte sont par conséquent les plus propices à l’expérimentation constitutionnelle. Pour ce qui est du reste, les réformes constitutionnelles peuvent s&#8217;attacher à des domaines d&#8217;importance relative, mais elles restent insuffisantes par définition pour ce qui est des changements au plus haut de l’échelle.</p>
<p>Pour conclure, un processus constitutionnel qui s’achève avec réussite est l’antidote aussi bien pour l’autoritarisme que pour la sécession. Un processus constitutionnel représente, avec le temps, l’incarnation de la non-violence. Au Proche-Orient, l’agitation politique ouvre des horizons sans précédents sur une ère constitutionnelle, surtout dans les pays où le chef de l&#8217;État a été renversé. C’est une véritable marée, qu’il faut analyser sur au moins une décennie. Il est encore tôt pour faire des conjectures sur la réussite de la transition, mais l’heure du débat constitutionnel sur l’avenir du Proche-Orient est venue.</p>
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		<title>Réflexions autour d&#8217;une crise</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 14:43:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articulos]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Abderrahmane hadj nacer par Ihsane el Kadi. « L’Europe perd du temps en laissant en friche la rive sud, alors même que sa propre destinée historique est d’être solidaire avec le Maghreb, et avec l’Afrique noire. Les Européens savent que leur avenir en dépend ». Abderrahmane Hadj Nacer, l’ancien gouverneur de la banque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Entretien avec Abderrahmane hadj nacer par Ihsane el Kadi.</em></p>
<p><strong>« L’Europe perd du temps en laissant en friche la rive sud, alors même que sa propre destinée historique est d’être solidaire avec le Maghreb, et avec l’Afrique noire. Les Européens savent que leur avenir en dépend ».</strong></p>
<p>Abderrahmane Hadj Nacer, l’ancien gouverneur de la banque d’Algérie, est connu pour être un éclaireur. Il a défendu avant l’heure, l’indépendance des institutions d’émissions, le processus d’intégration euroméditerranéen et le Maghreb uni. Cela ne l’empêche pas de faire des haltes sur le théâtre du présent. Dans cet entretien, il évoque les ressorts profonds de la crise mondiale qui a rebondit cet été, la rupture de l’équilibre entre les pouvoirs  apparents et les pouvoirs « profonds » qui le font et le défont. Mais aussi le sort de la relation entre l’Europe et le Maghreb…  à la lumière des révisions qu’impose le souffle de la révolution. Sans concession.</p>
<p>afkar/idees : Le temps d’un été, la crise des dettes souveraines a traversé l’Atlantique. La croissance se tasse à nouveau aux États-Unis sur qui compte le reste du monde pour réamorcer la pompe. Faut-il vraiment avoir peur des nouveaux débordements de la crise et de ses conséquences sur la signature américaine ?</p>
<p>abderrahmane hadj nacer : Moi, je n’ai pas peur des bons du trésor américain. Ce n’est pas un État qui peut être faillible tout de suite. Dans le temps on verra, quand la Chine sera la première puissance ou la puissance ex aequo. D’abord le monde entier a intérêt à soutenir les USA. Mais si on s’arrête là, en fait, on a rien dit. Il y a deux manières de voir les choses : technique ou d’expliciter les origines de la crise. Parce que la question fondamentale est pourquoi y a-t-il des crises. Dans la crise de 1929, qui est celle de référence, on se rend compte que la solution n’a pas été un simple règlement technique avec le keynésianisme. C’était un règlement politique. Il y a eu un rééquilibrage du pouvoir. Le grand problème est alors celui de l’influence du complexe militaro-industriel américain. Il visait à prendre le pouvoir au détriment du pouvoir apparent, c&#8217;est-à-dire, de celui qui est désigné par la population. Or, le complexe militaro-industriel n’a pour seule légitimité que sa propre existence. Aujourd’hui nous sommes dans une situation nouvelle. Nous n’avons pas affaire, aux USA, au seul complexe militaro-industriel mais à trois pouvoirs, les deux autres étant le pouvoir pétrolier et, bien sûr, le pouvoir financier. Ces trois pouvoirs ne rendent pas de comptes. Ils ont pris un ascendant historique sur le pouvoir apparent. Une des sources des crises répétitives vient de là.</p>
<p>a/i : Mais de ces trois pouvoirs, n’est ce pas surtout le pouvoir financier qui, aux USA comme dans le monde, dévore ce que vous appelez le pouvoir apparent, comme le montre encore la spéculation sur les dettes souveraines en Europe ?</p>
<p>a.h.n. : Le pouvoir financier est, en effet, celui qui, dans l’équilibre global a gagné le plus de territoire, ces 30 dernières années. La financiarisation de l’économie a été introduite à deux moments très importants, la demande de thésaurisation de l’or avec Nixon, mais aussi avec le reaganisme dans les années quatre-vingts. L’objectif de la financiarisation de l’économie était de mettre en place une pompe extraordinaire de concentration de revenus, au plus haut sommet de l’État américain et de quelques individus américains. Puis étendre cette concentration au niveau du monde occidental, et après dans le reste du monde. Un monde qui n’est pas maîtrisable est alors apparu. Parce que nous ne sommes plus là dans l’économie formelle et matérielle, nous sommes dans l’économie immatérielle. La financiarisation fait apparaître un pouvoir tout à fait nouveau, auquel fait face l’ancien pouvoir que l’on connaît bien, le pouvoir militaro-industriel, et bien évidemment, celui que nous connaissons bien en Algérie, le pouvoir pétrolier. Les trois pouvoirs ont besoin d’un équilibre entre eux qu’ils ne trouvent pas forcément. Ce sont ces moments de déséquilibre qui se répercutent par des crises. Or l’équilibre qu’ils recherchent entre eux doit toujours se faire, malheureusement au détriment de celui qui ne fait pas partie de la négociation et qui est la population représentée notamment par la classe moyenne, qui perd à chaque fois des parts de son pouvoir.</p>
<p>a/i : Les divergences en Europe et aux USA sur la manière de répondre à la crise des dettes publiques révèlent-elles que la recherche d’un nouvel équilibre est en cours entre les pouvoirs travaillant le capitalisme mondial ?</p>
<p>a.h.n. : Sans doute. Mais une recherche confrontée à de grosses contradictions. Le pouvoir pétrolier a besoin d’un système keynésien. Il faut que l’économie fonctionne pour vendre. Pour le pouvoir militaro-industriel, les crises sont nécessaires parce que cela justifie la guerre et la dépense. Le pouvoir financier, lui est dans une autre logique. Pas de frontière, à la limite pas besoin de guerres. On a trouvé la forme la plus subtile de la guerre qui est tout simplement d’appauvrir la classe moyenne ou de la faire disparaître. Et c’est pour celà, qu’ils se mordent la queue parce qu’ils n’arrivent plus à s’entendre entre le keynésianisme, la guerre physique et la guerre virtuelle. Cette situation a une limite. En Espagne, la frontière politique ne passe plus entre le président, José Luis Rodríguez Zapatero et le Parti populaire, mais entre eux et les places occupées par les indignados. Il ne s’agit pas là d’une jacquerie, il s’agit d’un mouvement beaucoup plus fondamental qui vise à remettre en cause ce « supra-monde ». La contradiction de cette crise, c’est que les gens qui ont l’habitude de payer les prix de ces équilibres de pouvoir, qui sont la classe moyenne, ne peuvent plus payer.</p>
<p>a/i : Face à cette crise là, un point de vue s’est élevé pour dire que l’Europe s’est désindustrialisée, elle a beaucoup délocalisé. Est-ce que le risque n’est pas de voir s’arrêter le mouvement d’investissements directs étrangers (IDE) alors que dans le cadre de la Méditerranée, les pays de la rive sud attendent toujours un surcroît d’investissements européens dans un processus promis de co-développement ?</p>
<p>a.h.n. : En réalité, les crises devraient être favorables aux IDE. La crise de l’aéronautique en Europe a poussé Airbus, petit à petit, à délocaliser en Tunisie, au Maroc. Même s’ils ont voulu le faire, en partie, en Algérie mais ils n’ont pas réussi. On connaît les problèmes d’Algérie. Mais non, la crise n’est pas forcément contre les IDE parce que dans la course à la réduction des coûts, il est parfois plus facile de délocaliser. Y compris au Maghreb où les cours du dirham et des dinars ne représentent jamais un risque de surévaluation. Donc, techniquement, les activités concurrentielles ont besoin de délocaliser. En outre le Maghreb se situe dans la zone d’influence « naturelle » de l’Europe, qui est l’Afrique. Le problème pour nous, au Maghreb, est que nous avons un passif historique qui nous rend spécifiques lorsqu’il s’agit d’investissements européens. À cela s’ajoute le fait que les Européens doivent gérer un double complexe : complexe d’infériorité par rapport aux maîtres du monde, c&#8217;est-à-dire les Américains et complexe de supériorité vis-à-vis des Arabes ou par rapport aux Noirs. Et ce double complexe ne leur permet pas de gérer leurs propres histoires et mythes. Alors même que la propre destinée historique de l’Europe est d’être solidaire avec nous, Maghrébins, mais aussi avec l’Afrique noire. Les Européens savent que leur avenir en dépend. Mais dans la réalité, ils continuent de considérer que nous sommes des pays en friche, qui devraient leur appartenir. Comme si la Chine et les Amériques ou l’Inde n’avaient pas aussi de calculs. Conséquence : l’Europe perd du temps. Au lieu de s’occuper de soutenir le développement des partenaires de son aire géographique, elle les garde en friche. C’est là le problème que nous avons vis-à-vis de l’Europe et que l’Europe a vis-à-vis de nous. Nous n’avons pas de politiques qui tiennent compte de ces complexes, liés à l’histoire, à la religion. Et ce fond historique n’existe pas ailleurs. Quand il y a eu les crises de 1998 et de 2007, les Chinois n’ont pas eu de problèmes alors que les Japonais débloquaient des fonds pour garder vivants leurs marchés. Aux USA on a vu apparaître des situations similaires pour l’Amérique centrale et l’Amérique latine et rien de tout cela en Europe.</p>
<p>a/i : Vous n’êtes pas un peu sévère ici, avec l’Europe ?</p>
<p>a.h.n. : Non ! Vraiment pas. Nous avons vu apparaître l’idée, tout d’un coup d’une solidarité active, qu’il fallait mettre en place entre les deux rives de la Méditerranée. L’Union pour la Méditerranée, qui devait donner corps à cette nécessaire solidarité méditerranéenne s’est avérée, en réalité, être un dérivatif pour exclure la Turquie, puis pour essayer d’intégrer Israël. Pour que la Turquie ne soit jamais un pays européen, pour qu’Israël devienne éventuellement un jour, membre de l’Union européenne.</p>
<p>a/i : Est-ce qu’on peut en déduire par exemple que les révolutions en Tunisie et en Égypte sont aussi un peu le résultat de ce manque de solidarité, parce que l’Europe n’a pas réussi à intégrer ces économies là et à les rendre plus dynamiques, plus redistributrices et plus créatrices d’emplois ?</p>
<p>a.h.n. : Il est possible d’affirmer, dans le cas des dirigeants européens, qu’il y a eu un refus de voir, un déni de réalité en ce qui concerne les pays arabes de la Méditerranée. Par exemple, quand on parle de démocratie à un Européen, il considère que la démocratie lui appartient. Il est difficile de lui expliquer que la Grèce n’est pas un pays occidental, mais un pays oriental. Que ses concepts nous sont chers. Par ailleurs, il est difficile d’expliquer aux Européens que nous, nous avons toujours vécu dans la démocratie, ce qui est une découverte récente en Europe. Il y a encore quelques mois au comité de parrainage politique de l’IPEMED, quand nous parlions de droit à l’État de droit, les réactions de nos partenaires étaient sympathiques avec nous, mais sceptiques sur le fond. À peine si on nous ne disait pas « de quoi vous parlez, le développement signifie un État fort, signifie une dictature qui tient ses populations frondeuses, notamment les islamistes et puis les Algériens particulièrement ». Nous avons eu des réunions avec des journalistes et quand nous expliquions la notion du droit à l’État de droit, à chaque fois les journalistes nous disaient vous voyez bien que la Tunisie est un pays bien géré, il a une belle classe moyenne. C&#8217;est-à-dire, ceux-là mêmes qui en principe auraient dû enquêter sur les blocages de ces sociétés, sont devenus les propagandistes du statu quo. Et c’est là l’erreur de l’Europe. Ne pas avoir compris que les besoins d’expression deviennent des besoins de base lorsque qu’on a satisfait les premiers besoins matériels de la société. Le besoin pour les Maghrébins de participer à la vie sociale, à la vie de leur cité est resté invisible en Europe. Aujourd’hui, les dirigeants européens l’ont vu, mais les vieux réflexes perdurent. Il y a toujours cette peur sous-jacente de l’émergence de l’ennemi séculaire du Sud, qui va vouloir se venger de sept siècles de domination occidentale.</p>
<p>a/i : Peut-on réellement affirmer cela en bloc pour toute l’Europe ? Est-ce qu’il n’y a pas, quand même, des nuances qui traversent les sociétés européennes dans leur relation au reste du monde et au voisinage sud méditerranéen ?</p>
<p>a.h.n. : Bien sûr que des nuances existent. Je pense cependant que ce qu’il y a de nouveau en Europe, ce sont les indignés. Ils ont clairement marqué leur solidarité avec les populations du Sud. C’est un mouvement fondamental. Ce n’est pas pour rien que les Français ont très vite réagi en empêchant l’occupation de la place de la Bastille ; que les autorités espagnoles, qui n’ont pas très bien compris le mouvement, ont fini par réagir avec brutalité. Ce n’est pas pour rien qu’aux USA on n’en parle pas. Il y a une chape de plomb. En Israël on a dû quand même en parler parce que c’est tout de même 10 % de la population quasiment qui est sortie. On a vu des drapeaux tunisiens et algériens à Madrid mais qui n’étaient pas forcément tenus par des Maghrébins.</p>
<p>a/i : Les révolutions arabes sont parties du Maghreb. Quelle est l’incidence qu’on peut projeter de cette révolution démocratique pour l’intégration maghrébine ? Est-ce qu’elle va libérer le projet maghrébin ou le retarder encore ?</p>
<p>a.h.n. : Retarder plus qu’il en est, ce n’est pas possible. Parce qu’aucune économie maghrébine n’a été conçue en fonction des autres économies. Ce n’est que discours. Et puis il y a une fausse perception de la part des deux économies actuellement exportatrices – le Maroc et la Tunisie – que l’Algérie est aussi leur friche à eux, c’est leur Europe de l’Est à eux qui doit pouvoir les enrichir tout en appauvrissant ces Algériens qui ne sont pas prêts à devenir une nation mature. Tout cela ce sont des faux calculs. Et la construction maghrébine ne peut pas se faire parce que les régimes ont été construits sur la base d’opposition. Cela ne veut pas dire que ce soit une opposition fondamentale. C’est une opposition factice, entretenue en permanence pour justifier les régimes. L’Algérie est l’ennemie intime du Maroc et le Maroc l’ennemi intime de l’Algérie. Est-ce qu’il y a vraiment une volonté d’en découdre des deux régimes ? Moi je ne le crois pas. Je crois qu’il y a une espèce d’alliance objective qui justifie l’état du monde.</p>
<p>a/i : Cette distorsion entre pouvoir apparent et pouvoir réel qui existe ailleurs dans le monde peut donc être mise à nu par des mouvements comme les indignados. Pourrait-on au Maghreb, envisager que les pouvoirs qui ne rendent pas des comptes politiques – le Palais au Maroc, l’armée en Algérie – renoncent à leur tutelle sur le pouvoir apparent sous l’effet dissuasif des révolutions arabes ?<br />
a.h.n. : Je ne crois pas aux capacités d’auto-réforme des pouvoirs au Maghreb, y compris du pouvoir marocain, qui a une apparence plus intelligente et plus moderne dans le discours. Je ne les crois pas capables de se dépasser eux-mêmes et donc de réduire une part du pouvoir qu’ils ont maintenant. On voit bien, avec la réaction face aux indignados, que ce débat est déjà refusé en Europe, où il y a quand même des traditions de combat beaucoup plus élaborées que les nôtres. Chez-nous, c’est encore pire. La solution marocaine est une solution soft, consistant à acheter du temps, de même que la solution algérienne achète également du temps, mais plus vulgairement par l’argent. Ce sont des solutions qui, en définitive, n’achèteront rien. Les manipulations à l’intérieur de la Tunisie visent à décourager les populations de refaire la même chose. Cela a été le cas en Algérie pendant la transition démocratique de la fin des années quatre-vingts. La différence entre 1988 et 2011, c’est que la circulation de l’information est tellement plus rapide et que le monde est dans une phase de changement. Avant, les gens voulaient le statu quo quel que soit le discours officiel : laisser faire l’expérience du FIS, ça c’était du discours. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans le statu quo . Nous sommes dans un monde qui évolue trop vite où la puissance chinoise monte plus rapidement que prévu et le déclin de l’Amérique est malheureusement plus rapide que prévu.</p>
<p>a/i : On est peut-être d’accord pour dire que la capacité d’auto-réforme des régimes en place est faible parce qu’il y a la peur du changement. Mais ne rien changer conduit à des ruptures radicales, comme en Tunisie et en Egypte…</p>
<p>a.h.n. : Le problème au Maroc c’est que la réforme est menée par des gens jeunes mais qui veulent perpétuer un statu quo. Parce qu’ils viennent d’arriver au pouvoir et parce qu’ils ont tiré beaucoup de bénéfices. Ils sont très bons en matière de communication, dans la formalisation de discours de natures différentes. Mais avec une volonté intrinsèque de ne pas modifier le système. Ils ont en cela l’appui de l’Espagne et de la France qui sont très favorables à la sémantique, mais pas du tout au fond. En Algérie, nous sommes dans une situation différente. Le système est détenu par des gens qui sont très âgés et qui remettent en cause la capacité de reproduction du système. Les jeunes de l’intérieur du système ne sont pas des héritiers. Nous avons affaire à une armée populaire. C’est un système qui n’a jamais su engendrer d’héritiers. Quand on n’est pas capables de se reproduire c’est que la biologie pose problèmes. Or, c’est le cas. Ils ne se sont reproduits ni sur le plan de gêne ni sur le plan de la région et de la tribu. Par contre, il y a eu l’émergence d’une autre élite qui aspire au changement. Quand un système montre à ce point qu’il est incapable de se réformer, qu’il est incapable d’accepter des solutions techniques qui sont proposées de l’intérieur, ceux qui viennent derrière sont obligés de pousser au changement. Là, évidemment, il y a deux possibilités : soit le chaos, soit une évolution dure mais qui reste quand même une évolution à l’intérieur du système. Il faut travailler sur cette matrice. Personne ne désire le chaos.</p>
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		<title>Le plus difficile reste à venir</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 14:16:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ggonzalez</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les révolutions en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et en Syrie ont quelque chose en commun : le plus difficile reste à venir. Une fois cette évidence constatée, nous résumerons certains points de base. Pourquoi nous entêtons-nous à dire que les dictatures sont inamovibles ? Serait-ce parce que nous, espagnols, avons supporté un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les révolutions en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et en Syrie ont quelque chose en commun : le plus difficile reste à venir. Une fois cette évidence constatée, nous résumerons certains points de base.</p>
<p>Pourquoi nous entêtons-nous à dire que les dictatures sont inamovibles ? Serait-ce parce que nous, espagnols, avons supporté un dictateur pendant 40 ans ? L’héroïsme des Tunisiens, des Libyens, des Égyptiens, des Yéménites et, surtout, des Syriens démontre ce que peut réussir un peuple capable de lutter avec ordre.</p>
<p>Revenons aux cas les plus proches : le Maroc, la Mauritanie et l’Algérie. Pour marquer des différences, revenons à la frontière entre l’Algérie et le Maroc, fermée depuis 18 ans, malgré des signes de distension et le fait que de larges secteurs de la population maghrébine réclament son ouverture, clé pour l’intégration régionale et le développement économique. De son côté, la Mauritanie est une inconnue, peut-être assez proche de son point de maturité, où les généraux plus jeunes cherchent des canaux de dialogue avec l’opposition plus moderne.</p>
<p>Le régime algérien a réussi à gagner du temps avec son offre d’aides et de réformes, mais la raison qui fait que les vents de protestation n’aient pas balayé ses villes est autre. En Algérie, une guerre civile vient à peine de finir avec un bilan, selon les moins pessimistes, de 130 000 morts. Le traumatisme non encore surmonté et le complexe réseau qui compose le pouvoir, en font un pays avec lequel on ne peut pas jouer. Aujourd’hui en excédent, mais cependant incapable d’articuler un mécanisme pour que le chômage des jeunes baisse en dessous de 25 %.</p>
<p>Le Maroc se présente comme un modèle de progrès. C’est une façon de parler. Mais il est vrai que le Maroc détient un moteur dont l’Algérie et la Mauritanie manquent : d’un côté une avancée modérée vers la modernité, quoi que cela veuille dire. D’un autre, un certain équilibre de pouvoirs, arbitré par la monarchie. Les avancées de la législation en défense des femmes ou la récente réforme de la Constitution, ambitieuse selon certains, trop sobre selon d’autres, promues par le monarque et appuyées par le Parlement, sont là ; le principe de pluralité de partis et de syndicats aussi. Le Maroc est un pays en marche, alors que la Mauritanie et l’Algérie semblent paralysées. L’Algérie est hyper riche, le Maroc ne l’est pas : mais Rabat présente une classe dirigeante qui regarde au-delà, surtout vers l’Europe, dont dépend en grande mesure que ces avancées deviennent une réalité. Nous verrons si elle est prête à prendre des décisions audacieuses. Les résultats économiques de 2010 ont été favorables, comme ceux de 2011 peuvent l’être.</p>
<p>Nous ne pouvons pas oublier ici l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie, Israël et la future Palestine. Les deux premiers constituent des forces contrerévolutionnaires qui tentent de subsister face à la marée démocratisante. Par contre, la Turquie d’Erdogan s’érige comme modèle d’État, ouvrant les bras à la population arabe et brandissant la cause palestinienne à un moment où l’on débat son statut face à la communauté internationale et le futur processus de paix. Pendant ce temps, Israël tente de se remettre de son progressif isolement et de ses propres crises internes.</p>
<p>Le plus grand défi, cependant, est celui que doivent affronter les trois pays situés entre le Nil et Carthage, caractérisés par deux points. D’une part, la présence de cette équation : Internet + téléphonie mobile = communication + liberté. La capacité d’interconnexion de ces deux technologies, inespérées il y a quelques années, est incalculable. D’une autre, avec un bien plus grand poids, reste l’intelligence et le courage des hommes et des femmes prêts à lutter. Ceci est le premier facteur : celui qui détermine la disposition à mourir en défense de la dignité, de la liberté, qui finit par s’imposer face au pire dictateur en Libye.</p>
<p>Face à leurs premières élections libres, le 23 octobre, nous souhaitons toute la chance qu’ils méritent aux Tunisiens. L’une des clés de la bonne orientation des révolutions tunisienne et égyptienne repose sur l’unité de leurs armées. Maintenant, leurs sociétés doivent éviter que la classe militaire séquestre leur avenir politique et conjuguer le fragile équilibre entre partisans et détracteurs du sécularisme.</p>
<p>Même si un jeune, déguisé en civil, Bashar Al-Assad, dont la répression a coûté plus de 2.600 vies, est encore en place dans son bureau de Damas. Les soulevés syriens le vaincront, c’est certain.</p>
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