Driss Ksikes - Afkar / Ideas 26 - Verano 2010
Ceci est la première fois, depuis plus d’une décennie, que le Maroc est classé à l’international comme « pays non libre », en matière de liberté de la presse (dernier classement de Freedom House pour 2009. L’année précédente, le Maroc était dans la catégorie « Pays partiellement libres »). Le catalogue des indicateurs à la baisse est long : emprisonnement d’un directeur de journal, Driss Chahtane (Al Michaal), pour une affaire faussement liée au sérail ; arrestation abusive et incarcération de trois bloggueurs pour dénonciation civique de corruptions ordinaires ; suspension administrative, sans respect des procédures, d’un quotidien, Akhbar Al Yaoum ; retrait sans préavis ni décision judiciaire d’un numéro de Tel Quel, publiant un sondage (pourtant) positif sur la royauté. Les épisodes se suivent et ne se ressemblent pas, mais la pression va crescendo, et le résultat est patent : au bout de 10 années de dissuasions judiciaires, orientées politiquement et donnant lieu à des peines dispropotionnées par rapport aux délits jugés, la presse marocaine a vu son système immunitaire se dégrader. Elle est devenue un corps malade qui résiste à peine pour ne pas afficher grise mine.